Des marionnettes bluffantes de réalisme. Des marionnettes bluffantes de réalisme.

Belfort: "On a choisi des marionnettes à taille humaine pour créer un véritable trouble sur scène"

Le "Solstice de la marionnette" se poursuit à Belfort. Il a offert ce samedi une représentation assez particulière avec des marionnettes de taille humaine. Rencontre avec l'une des créatrices du spectacle, Isabelle Darras.

En arrivant au théâtre Louis-Jouvet de Belfort, deux personnes âgées sont déjà assises dans la salle. Ce sont Élise et Jean, couple de vieillards follement épris l’un de l’autre. Ils résident dans une maison de retraite. Ce sont également les héros du spectacle Silence, présenté par la compagnie belge Night Shop Théâtre, venue pour le "Solstice de la marionnette", festival organisé par le Théâtre de marionnettes de Belfort. Et oui! Élise et Jean sont deux marionnettes de taille humaine, dont les traits et le visage sont bluffants de réalisme.

Isabelle Darras est la co-créatrice de la compagnie et du spectacle.

Comment avez-vous eu l’idée et ensuite pu créer ces marionnettes hyperréalistes ?

C’est un sculpteur, Joachim Jannin qui les a faites, surtout pour le réalisme des visages. D’autres personnes se sont occupées des corps. Ce sont des marionnettes en silicone. L’inspiration est venue du travail de Ron Mueck (sculpteur australien réalisant des corps humains, ndlr). On a choisi des marionnettes à taille humaine pour créer une distance et un véritable trouble sur scène. On a l’impression que ce sont de vraies personnes âgées et si l’on fait bien notre travail, on nous oublie derrière la marionnette.

 

Combien de temps a pris la conception ?

La conception a pris tellement de temps que je ne pourrais vous donner une durée précise. De la conception à la réalisation, ça a été très long, car le travail de Ron Mueck, ce sont des statues. Ici, il fallait des marionnettes que l’on puisse bouger; il a donc vraiment fallu s’adapter. En plus, le silicone est très lourd, donc c’est un point qu’il a fallu travailler. Le poids des têtes est assez bluffant.

 

Est-ce que c’est courant de travailler avec des marionnettes à taille humaine ?

Aujourd’hui, la marionnette taille humaine commence à être représentée. Il y a notamment une troupe française qui s’en sert, la troupe Trois Six Trente. Nous-mêmes, nous avions déjà travaillé avec ce type de marionnettes pour un spectacle précédent.

 

Parlons du spectacle: racontez-nous l’histoire.

C’est une histoire d’amour qui se passe dans une maison de repos, et on s’aperçoit au fur et à mesure de l’histoire que le fil qui les unit se fragilise parce qu’Élise perd la mémoire. On a vraiment ici le point de vue de celui qui reste.

 

La marionnette s'adresse traditionnellement aux enfants; à qui s’adresse Silence ?

C’est un spectacle qui s’adresse à tous les publics, je pense. Et ce qui est intéressant, c’est que lorsque le public regarde Silence, souvent, les retours que l’on a, c’est qu’ils ont l’impression de se regarder. C’est un spectacle qui touche, à ce niveau-là. Il parle d’un sujet universel: le fait qu’on va tous vieillir.

 

Pourquoi avoir choisi de créer deux personnes âgées ?

On a choisi des personnes âgées parce qu’on avait envie de raconter une histoire d’amour, et on avait un rapport très fort à nos grands-parents. On se posait pas mal de questions sur le monde dans lequel évoluent les personnes âgées, en tout cas en occident. Il y a un côté cruel, parce qu’ils sont mis à l’écart à cause de leur « improductivité ». Ils sont mis en maison de repos, alors que si on imagine d’autres façons de fonctionner, il y a des moyens pour rendre leur vie plus heureuse. Il y a des endroits où les maisons de retraite sont mélangées avec des écoles ou des centres pour enfants en difficulté. Et les vieux s’occupent des plus jeunes! Ce sont des choses que je trouve magnifiques.

 

Depuis combien de temps faites-vous ce spectacle ?

Ce spectacle-là a énormément tourné, c’est notre quatrième année. On a fait beaucoup de représentations en France et des destinations plus lointaines. On avait beaucoup plus tourné à l’étranger avec le précédent spectacle, parce qu’il n’y avait pas de paroles. Avec Silence, on est obligés de mettre les traductions quand on va dans des pays non francophones. Il va aller en Corrèze au mois de mai; on est curieux de voir l’accueil là-bas, car le rapport à la vieillesse est très différent.

 

Un petit mot sur le festival Solstice de Belfort ?

Comme c’est un vieux festival; on en avait entendu parler, mais on n’avait jamais eu la chance de venir y jouer. On est vraiment ravis de venir ici. Le prix, c’est une bonne idée, mais on n’est pas venus ici pour ça.

Propos recueillis par Simon Vermot-Desroches

Le festival Solstice continue jusqu'au 3 mars 2017 avec le Théâtre de marionnettes de Belfort.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.

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