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Sochaux: "Il n'y a plus d'images de la vie à l'usine"

Le projet La France vue d'ici, est un large documentaire photographique sur la France d'aujourd'hui. Raphael Helle a d'ailleurs suivi dans leur quotidien des ouvriers de l'usine PSA à Sochaux. L'exposition vient de s'achever à Audincourt, mais elle est programmée à Besançon du 23 mars au 21 mai.

La France vue d’ici est un projet porté par Médiapart et ImageSingulière. Ils ont publié le 16 mars, un recueil de photographies documentaires. « On a voulu le sortir avant la présidentielle, pour que les politiques puissent voir la France telle qu’elle est ,» déclare Raphaël Helle, l’un des photographes du projet.

Son travail, parmi les 24 photographes participants, s’est porté sur une usine particulière: l’usine PSA à Sochaux. Pendant six mois, il a eu accès à la chaîne de montage, mais aussi au quotidien des ouvriers chez eux. On y voit des (jeunes) hommes et des (jeunes) femmes, qui, derrière leurs uniformes gris, montrent leurs excentricités par des coupes de cheveux extravagantes ou un tatouage. On voit surtout la dureté du travail à la chaîne et la solitude des ouvriers contrastant avec les images de joie et de vie de famille des photos prises à leurs domiciles. Un travail qui a été présenté lors d'une exposition à l'espace gandhi à Audincourt et qui sera visible à Besançon.

Pourquoi avoir choisi le site PSA de Sochaux et une usine?

 

J’ai choisi ce site, parce que c’était l’un des plus grands de France, il y a encore quelques années. Aujourd’hui, les effectifs ont beaucoup diminué, mais ça reste un énorme site français qui fait vivre tout le nord Franche-Comté. J’ai choisi une usine parce qu’aujourd’hui, on voit les voitures dans des publicités, on a des images de communication où on les voit heureux, souriants; je voulais finalement mettre un vrai visage sur ceux qui construisent une voiture.

 

Aviez-vous une idée précise de ce que vous alliez voir, ou avez-vous été surpris de la situation dans laquelle se trouvaient ces ouvriers ?

 

Il y a très peu d’images de la vie ouvrière, mises à part les photos de communication, aujourd’hui ce qu’on a, ce sont des photos d’archives. L’usine il y a vingt, trente ans… et ces images offrent de nombreux clichés sur la vie à l’usine. J’ai essayé de me détacher de cela dès le début. L’usine a beaucoup changé. Il fallait inscrire ce travail dans son époque, avec des femmes, des jeunes, un tiers d’intérimaires, un tiers de CDD…

 

L’un des clichés auquel on pouvait penser, est une certaine convivialité au travail, une bonne ambiance; or vos photos montrent finalement beaucoup de solitude à l’intérieur de l’usine.

 

Aujourd’hui, les ouvriers sont distants de 10 mètres les uns des autres. Ils ont une minute pour faire une série de gestes, aucun geste n’est superflu, rien n’est fait au hasard. Il n’y a pour les ouvriers ni le temps ni la possibilité de créer de vrai lien sur leur poste de travail. On a aussi cette image d’ouvriers qui ont autour de 50 ans, mais la grande majorité à moins de 30 ans et sont intérimaires; il y a une vraie précarité à laquelle je ne m’attendais pas forcément.

 

Entre les photos prises à l’usine et celle prises chez eux, il y a un vrai décalage dans l’attitude. Leur vie commence à la sortie de l’usine ?

 

Oui, c’est exactement ça, et même pour certains il n’y a pas beaucoup plus de joie chez eux… Les rythmes sont assez cassants, et j’ai été très épaté par la vie des femmes. Elles sont souvent dans un milieu où elles s’occupent de leurs enfants et font tout à la maison.

 

Votre travail a été et continue d’être étudié; parlez-nous-en.

 

Les sociologues, ethnologues, politologues avaient quelque peu délaissé la « classe ouvrière », depuis plusieurs années. Ce travail, c’est fait en partenariat avec l’université de Franche-Comté. Et déjà, Noël Barbe, un ethnologue, travaille sur ces photographies. Ce travail a été un travail humaniste, pour mettre en avant les ouvriers de PSA et les voir. Ça a été un véritable travail documentaire, et le projet La France vue d’Ici est aussi dans cette optique, à quelques semaines de la présidentielle.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris lors de votre travail ?

Au final, ce qui m’a le plus frappé c’est la réaction des gens quand ils voyaient ce qu’était l’usine. On ne l’avait pas vu depuis des années, et là on découvre ce qu’il se passe à quelques kilomètres de chez nous. Les premiers jours d’exposition ont été vraiment sidérants pour moi: on avait l’impression que les gens voyaient quelque choses d’exotique. Ils redécouvrent l’usine et me demandent: «Mais les filles se maquillent à l’usine ?». Bien sûr qu’elles le font… Je suis très heureux que ce travail serve pour la recherche, mais aussi pour cela: faire découvrir ce qu’est l’usine, et qui sont ces ouvriers que les Français ont oubliés derrière les publicités automobiles.

 

L'exposition sera présentée à Besançon au Gymnase-espace culturel, 1 chemin du Fort-Griffon, 25000 Besançon; entrée libre; du mardi au vendredi, 14h-18h, les samedi, dimanche et les jours fériés (sauf 1er mai), 15h-18 h.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.

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