GE va verser la pénalité de 50 millions d’euros

General Electric a confirmé aujourd’hui au ministre de l’Économie créer un fonds de réindustrialisation de 50 millions d’euros pour ne pas avoir respecté ses engagements. Le géant américain devait créer 1 000 emplois avant fin 2018 après avoir racheté la branche énergie d’Alstom.

À la suite d’un comité de suivi organisé ce mardi, General Electric s’est engagé auprès du ministère de l’Économie à créer un fonds de réindustrialisation doté de 50 millions d’euros, qui sera logé à la Caisse des dépôts et consignations, pour ne pas avoir respecté ses engagements lors du rachat de la branche énergie d’Alstom. « Les investissements réalisés en France représentent près d’un milliard d’euros. GE a recruté 3 000 personnes ces trois dernières années, se traduisant par la création de 25 emplois nets à fin 2018 », précise Bercy dans un communiqué publié ce mardi 5 février. Le géant américain emploie 16 000 personnes en France. « [Mais] l’évolution des marchés de l’énergie, et l’accélération de la transition énergétique limitant fortement le marché des turbines à gaz, n’ont cependant pas permis d’atteindre l’objectif de création de 1 000 emplois nets », poursuit le communiqué.

Les syndicats belfortains s’étonnent que la nouvelle soit annoncée par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, jouant ainsi le rôle « de communicant ». « Il reprend les messages de General Electric sur l’état du marché des turbines à gaz », s’indigne Sven Catrin, délégué syndical CFE-CGC dans la branche turbine à gaz de GE Energy, à Belfort. Des messages contraires à leurs analyses et à des prévisions fournies par le Livre blanc de GE.

Le syndicat Sud constate de son côté que ce n’est le respect que d’une partie de l’accord. « On n’a plus de centres décisionnaires en France, constate Alexis Sesmat, alors qu’ils devaient être maintenus. » Il se questionne aussi sur le périmètre d’investissement de ce milliard d’euros annoncé dans le communiqué. « J’invite Bruno Le Maire à visiter nos ateliers et à constater la vétusté. Les taux de panne de nos machines dépassent les standards industriels », déplore-t-il. Depuis plusieurs mois, les syndicats invitent à investir dans le savoir-faire, en embauchant, dans l’outil de production et dans la diversification, notamment l’aviation.

Quelle politique industrielle ?

Bercy annonce que le fonds de réindustrialisation sera piloté par un comité présidé par une personnalité spécialiste de l’industrie. Il associera, « outre des représentants désignés par l’entreprise, les collectivités concernées, notamment la Ville de Belfort, ainsi que les services de l’État », poursuit le communiqué. Pour les syndicats, cette annonce pose plus de questions qu’elle n’en règle : qui va nommer cette personnalité spécialiste de l’industrie ? Pour quelle politique industrielle ? « Bruno Le Maire et la classe politique ne montrent pas beaucoup de cohérence dans leur politique industrielle », regrette le délégué Sud avant de poser une ultime question : que fait-on avec 50 millions ? À titre de comparaison, le plan global de revitalisation du site des forges de Grandvillars, où sont installés le groupe Lisi ou FSH Selectarc, s’élève à 25 millions d’euros. L’investissement de la ligne Belfort-Delle s’élève à 110 millions d’euros. Et la construction d’un collège oscille entre 13 et 20 millions d’euros. « Peut-on revitaliser un territoire avec ce montant », interroge alors Alexis Sesmat, qui glisse que les équipes de production de la turbine à vapeur Arabelle ne sont même pas certaines de pouvoir assurer le carnet de commandes compte tenu du manque d’investissements dans leur outil de production. Aujourd’hui, les syndicats attendent des actes.

Investir dans le renouvelable

Selon le ministère de l’Économie, General Electric a également signifié son intention de développement dans les énergies renouvelables. « À ce titre, le projet d’intégration des activités de réseaux électriques au sein de la division énergies renouvelables (40 000 personnes, 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires) permettra de conforter la localisation en France des centres de décision relatifs à ces activités, notamment pour l’éolien offshore », conclut le communiqué. « Ce que donne GE d’une main, il souhaite le reprendre de l’autre », estime à ce titre Alexis Sesmat. « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient », poursuit Sven Catrin. Des propos qui font écho aux révélations publiées par Ouest France ce lundi soir.  Des postes seront en effet supprimés dans cette division, au bureau d’études de General Electric à Nantes. Des syndicats évoquent la mise en place d’une procédure de rupture conventionnelle collective (RCC).