General electric : investir et diversifier le cœur du réacteur

Investir. Diversifier. Les mots sont de l’intersyndicale CFE CGC – Sud de la filière turbine à gaz de General electric Power. Elle constate la conjoncture, mise sur l’avenir de la filière gaz et appelle à créer de la valeur à Belfort en pariant sur l’aéronautique et l’hydrogène. Mais pour cela, il faut embaucher.

1879. La société alsacienne deconstruction mécanique (SACM), l’ancêtre d’Alstom, s’installe à Belfort. 140 ans plus tard, et après une longue histoire industrielle, l’ambiance du Techn’hom est morose. On s’écharpe beaucoup plus sur des comptes d’apothicaires relatifs au montant des indemnités dues par General Electric (50 000 euros par emploi non créé), que sur un projet industriel. On résume.

« Attention à ne pas brûler du cash en supprimant des emplois »
Philippe Petitcolon
Élu syndical CFE CGC

Mi-2018, General Electric reconnaît qu’il ne tiendra pas son engagement de créer 1 000 emplois en France, promis à la suite du rachat de la branche énergie d’Alstom. Début 2019, on annonce un plan de départs volontaires de 470 personnes (146 à Belfort). Si cette décision s’inscrit dans un dispositif de rupture conventionnelle collective (RCC), elle ne trompe pas les élus syndicaux. « Les salariés ne veulent pas forcément partir, tance Francis Fontana, élu Sud, qui dénonce une dégradation des conditions de travail. Ils se sauvent. » Selon lui, ce dispositif sert surtout à donner une image moins négative au géant américain.

Un problème de qualité

Ces décisions sont motivées par une situation financière délicate, un marché des turbines en berne, une concurrence féroce sur ce marché et le développement des énergies renouvelables. Au dernier trimestre 2018, la division power a enregistré une perte de 800 millions de dollars. Et l’action de GE a chuté de 75 % entre janvier 2017 et novembre 2018. « Plus que la baisse du marché, on a surtout perdu des parts de marché, de 50 à 30 % », nuance Sven Catrin, délégué CFE CGC. Mécaniquement, l’arrivée de la turbine 9HA, la plus puissante du monde, a aussi entraîné une réduction des achats de modèles moins puissants, achetés auparavant en série. « Le problème de General Electric, ce n’est pas le marché, mais le niveau de qualité », dénonce pour sa part Philippe Petitcolin, délégué CFE CGC. La logique est implacable : si pour réduire les coûts, vous réduisez les effectifs, on réduit la qualité. Et de pointer du doigt les « indicateurs pastèques, vert à l’extérieur et rouge à l’intérieur ». Il dénonce par exemple les délais de livraison. Ils apparaissent être respecter à 100 %. Mais en réalité, les livraisons sont faites en kit. Autre exemple : « Tous nos plans sont réalisés en Indes. Sur le papier, c’est moins cher, mais on les reprend tous ici. » Tous ces choix entraînent des surcoûts

Philippe Petitcolin, délégué syndical CFE CGC. Il est également secrétaire du comité social et économique (CSE) de GE EPF.

Bientôt le rebond

Paradoxalement, l’intersyndicale croît en l’avenir de la filière gaz. Elle salue aussi les directions annoncées par le président-directeur général Lary Culp : baisser les dividendes et fusionner les entités gaz « marché neuf » avec « marché après-vente ». « C’est une stratégie d’investissement sur toute la filière gaz, qui représente 90 % des profits de Power pour 50 % de ses effectifs », remarque Philippe Petitcolin, qui rappelle que le marché après-vente génère d’importants profits.

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En millions d’euros, le coût estimé par l’intersyndicale du plan RCC, soit 100 000 euros par personne.

Le rebond du marché gaz, cyclique, est très proche. Et représente l’avenir. L’intersyndicale se base sur une étude de General Electric citant l’agence internationale de l’énergie. Ce Livre blanc rappelle que « le gaz sera en 2040 la première source de production d’électricité », remarque Alexis Sesmat, délégué syndical Sud. Dans le même temps, les besoins vont doubler : augmentation de la population, électrification de zones qui ne le sont pas encore, croissance de l’industrie numérique et des moyens de transports décarbonés. Les perspectives pour les turbines à gaz sont donc bonnes. Les élus vantent également le faible coût carbone de cette énergie, mais surtout sa « flexibilité », permettant de « l’associer aux énergies renouvelables », note Alexis Sesmat.

Aviation et hydrogène

Mais en attendant cette reprise, il faut investir. Pour sauvegarder le savoir-faire et les outils de production. Première piste : la diversification aviation. La fabrication d’une turbine à gaz et d’un réacteur d’avion sont très proche (voir photo). Safran a déjà été approché et travaille depuis 1974 avec General Electric, dans le cadre d’une joint-venture nommé CFM. « Cela permettrait la création de 300 nouveaux emplois sur le territoire en venant aider GE et Safran dans la montée en cadence de production inédite du moteur Leap », note Sven Catrin. Et le site de Bourogne pourrait très facilement accueillir cette activité.

Panneau réalisé par l'intersyndicale CFE CGC – Sud.

L’autre piste concerne les réparations turbines à gaz. Elle permettrait de sauvegarder 150 emplois, en utilisant un savoir-faire déjà présent. Dix personnes travaillent actuellement à Belfort sur cette activité. Une idée qui s’inscrit dans la volonté de Lary Culp de rapprocher l’activité neuf de l’après-vente.

La dernière piste évoquée concerne l’hydrogène. « Nous avons une transition énergétique à faire, constate Sven Catrin. Et l’hydrogène fera partie du mix énergétique de demain. » Au-delà du fait qu’il soit non polluant, il dispose de l’immense avantage de pouvoir stocker les surplus énergétiques. « Elle permet d’approvisionner en carburant les véhicules terrestres (voiture, bus, train) et c’est un axe majeur de développement de la région Bourgogne-Franche-Comté », poursuit l’ingénieur. Belfort possède, qui plus est, un centre de recherche dans l’hydrogène.

Le message de l’intersyndical est clair : investir, préserver l’outil de production et le savoir-faire à Belfort. « Attention à ne pas brûler du cash en supprimant des emplois », avertit donc Philippe Petitcolin, qui dénonce la vision traditionnelle à court terme de General Electric. Il invite à diversifier le site pour créer de la valeur à long terme. Demain s’écrit aujourd’hui.