Belfort : le budget primitif lance la campagne de la prochaine municipale

Damien Meslot a défendu jeudi soir ce qui sera le dernier budget en année complète de sa mandature. L’opposition n’a pas manqué d’en profiter pour dresser un bilan de ce mandat. Il y avait comme un air de début de campagne électorale, au conseil municipal.

Sébastien Vivot, adjoint au maire de Belfort, a présenté jeudi soir un budget prévisionnel qui présente 70 millions d’euros en section de fonctionnement. « Comme les années précédentes, la dotation globale de fonctionnement diminue en raison de la poursuite de la politique de gel des dotations. L’effort de péréquation en direction des villes les moins favorisées, au moyen de la dotation de solidarité urbaine, est ralenti. La dotation nationale de péréquation se maintient uniquement grâce à un mécanisme de garantie, qui assure au minimum un produit correspondant à 90 % de celui perçu l’année précédente. » Les charges de personnel représentent 60 % du budget de fonctionnement de la Ville. 3,2 millions d’euros sont consacrés aux subventions aux associations. Côté investissements, les recettes et dépenses s’équilibrent à 22,2 millions d’euros. Figurent dans cette somme la restructuration de l’école Rucklin (1 million d’euros), l’extension de La Clé des Champs (1 million), l’hôtel du gouverneur (925 000 euros), l’aménagement de la ZAC de l’ancien hôpital (700 000 euros), pour ne citer que les principaux. Enfin, ce budget est présenté sans hausse des taux d’imposition ; ce qui ne signifie pas que les impôts ne vont pas augmenter, puisque les « bases », autre composante du calcul des impôts locaux, évoluent chaque année. Mais ce sont les investissements qui ont suscité les critiques de l’opposition.

« Aucun grand projet structurant »

Bastien Faudot a lancé les première salves. « Vous faites du ripolinage pour cacher la misère, a-t-il lancé. L’endettement n’a pas diminué, alors que vous aviez fait campagne en disant que vos prédécesseurs étaient dispendieux. Et vous n’avez réalisé aucun projet structurant, alors que vous maintenez le montant du budget d’investissements. Vous aviez annoncé trois grands projets. Le parking souterrain, vous avez parlé des baisses de dotation pour motiver son annulation. Elles ont certes baissé, mais pas dans les proportions que vous annoncez et sûrement pas au point d’expliquer l’annulation du projet. En cumulé, de l’ordre de 3 millions d’euros, ce qui ne justifie pas de renoncer à un projet de 15 millions. Pour les berges de la Savoureuse, vous avez dit :« J’ai écouté les Belfortains. » Mais quels Belfortains ? Vous n’écoutez pas votre opposition. Tous les Belfortains n’ont pas la même valeur pour vous. Vous n’écoutez pas les signataires d’une pétition pour rétablir le budget de la bibliothèque : les 6 000 abonnés de la bibliothèque ne sont pas vos priorités. » Et de poursuivre : « Pour les Galeries Lafayette et le dynamisme commercial, on ne peut que constater que la crise commence à toucher l’hyper centre. Qu’avez-vous fait pour lutter contre cela ? Certes, il y a des raisons qui ne dépendent pas de vous, mais vous avez fait campagne en disant que vous alliez défendre les commerçants. Mais quand vous décidez d’octroyer toujours plus de droits à construire dans les centre commerciaux, vous portez préjudice au centre commercial de centre-ville. Il y a une vraie contradiction. Qu’allez-vous dire maintenant aux commerçants ? » Quant aux taux d’imposition, Bastien Faudot a relevé : « Vos prédécesseur eux-mêmes ont maintenu ces taux depuis 2005. Aujourd’hui, cela ne vous autorise pas à rouler des mécaniques, d’autant plus que vous avez effectué des transferts de charges vers le Grand Belfort et que vous préparez les esprits à une augmentation de la fiscalité du Grand Belfort. »

« La population de la ville continue de diminuer, les cellules commerciales ferment partout, il n’y pas de dynamique en termes de fiscalité économique. On commence à voir dans quel état vous allez laisser la ville », a-t-il conclu.

« Pas de feu d'artifice de fin de mandat »

Samia Jaber, ancienne adjointe lors de la précédente mandature, a elle aussi dressé un bilan de la mandature : « Normalement, on assiste à le concrétisation des grands projets, à un feu d’artifice en fin de mandat quand les élus ont bien travaillé. C’est ici un pétard mouillé. Nous assistons à une absence de vision en matière d’aménagement urbain et de projets structurants. Au lieu de réduire la voilure en début de mandat, vous avez persisté à emprunter et vous avez géré la dette en dépit du bon sens. La baisse de la DGF est à relativiser en raison de la hausse d’autres dotations, sans oublier les recettes de ventes exceptionnelles, l’indemnisation de contentieux, la cessions de bâtiments et parkings ; avec tout cela, la situation aurait dû être beaucoup plus saine. La perte de publicité extérieure a fait perdre au moins 2 millions d’euros sur le mandat. Les Francas se soldent par 600 000 euros de dépenses en plus. La promenade de la Savoureuse aura coûté un million d’étude. Vous avez déménagé la police municipale, alors qu’il y avait des surfaces disponibles. Au cumul, le gaspillage représenta la bagatelle de 8 millions d’euros en fin de mandat. » Samia Jaber a poursuivi sa charge au sujet des investissements. « Nous n’avons pas eu un maire, mais un agent immobilier. Avec ce budget, vous continuez de livrer sur un plateau l’hôpital. Vous aviez une chance historique de requalifier l’avenue Jean-Jaurès avec autre chose que du béton. Pour le site de la laiterie, c’est un choix insensé de proposer un projet dense à 5 étages. Pour le stade de la Méchelle ? Un beau projet sorti tout droit des années 1970 : un supermarché à la place d’un terrain de sport. »

« Optymo 2 a engendré la plus grande claque électorale de la gauche depuis la guerre »

Évidemment, le maire, Damien Meslot, n’a guerre goûté ces critiques et les a balayées d’un revers de main. « Pour la sixième année consécutive, il n’y a pas de hausses des taux d’imposition, a-t-il insisté. Les dépenses de fonctionnement sont maîtrisées. L’État nous a bloqué à 1,35 % de hausse des dépenses de fonctionnement. Le budget aux associations progresse de 77 000 euros. L’épargne nette sera en progression. La charge de la dette est en baisse de 7 %. La dette sera en baisse quand nous aurons vendu un certain nombre de choses. » Il s’est défendu aussi sur l’investissement : « Nous lançons un certain nombre de choses, comme aux Résidences. Si ce n’est pas structurant de détruire trois tours, de construire une nouvelle piscine et d’installer les archives dans ce quartier, je ne sais pas ce que c’est qu’un projet structurant. »

Il a par ailleurs démenti vouloir augmenter la fiscalité au niveau du Grand Belfort et s’en est pris à l’État : « L’État a permis des optimisations fiscales à GE et Alstom et nous devons les supporter. » « Vous m’accusez d’être un agent immobilier ? Oui, je crée du logement, alors que vous me reprochez la baisse de la population de la ville. Soyez cohérents. » Sur le commerce, il s’est aussi défendu : « Vous nous dites que nous multiplions les surfaces commerciales. Ce matin, grâce à nous, 10 000 m² de surface commerciales ont été bloquées à Andelnans. » Et, la meilleure défense étant l’attaque, il s’en est pris à l’ancienne majorité, qu’il se plaît à appeler « l’ancien régime ». « Si votre feu d’artifice était Optymo 2, cela engendré la plus grande claque électorale de la gauche depuis la fin de la guerre. »