L'intervention des défenseurs de la bibliothèque, hier soir, mardi 3 juillet, au conseil municipal de Belfort. L'intervention des défenseurs de la bibliothèque, hier soir, mardi 3 juillet, au conseil municipal de Belfort. (© MyAireUrbaine - P.-Y..R.)

Belfort: la bibliothèque échauffe le conseil municipal

Chaude ambiance, malgré la climatisation, ce mardi soir au conseil municipal de Belfort. Les défenseurs de la bibliothèque municipale ont bien obtenu d'intervenir après la séance mais, visiblement exaspéré par la mise en scène, le maire a préféré s'en aller au milieu de leur intervention.

Damien Meslot avait bien compris la place que tiennent les arbres et leur préservation dans l'inconscient belfortain, en se battant bec et ongle contre l'abattage des marronniers de la place d'Armes lors de ses travaux de rénovation. Mais a-t-il bien pris la mesure de l'importance pour ces mêmes Belfortains, que tient ce papier fait de pâte à bois et qui devient arbres ? La dotation de la bibliothèque de Belfort est en train de devenir une épine dans son pied et le cheval de bataille de l'opposition.

L'ambiance était donnée ce mardi soir, en montant vers la salle du conseil municipal : l'escalier était décoré d'affiches sur le thème : « Ici, on solde aussi les livres. » Dans la salle, un public en proportion inhabituelle arborait banderoles et t-shirts pour défendre la dotation de la bibliothèque (avec parmi eux Christian Proust, ancien président chevènementiste du conseil général).

L'opposition n'a pas manqué une occasion en séance de faire des allusions plus ou moins appuyées à la bibliothèque. Et Samia Jaber, en fin de séance, a fustigé un texte du maire dans la revue municipale : « Vous accusez l'opposition de propager de fausses allégations quant aux baisses de dotations pour la bibliothèque, a-t-elle déclaré en substance. Moins 40 % sur le budget acquisitions, baisse du budget animation, des effectifs. Où sont les fausses allégations ? Si les moyens n'ont pas baissé, pourquoi un mur entier de revues a-t-il été supprimé ? Une bibliothèque n'est attractive que si on assure le renouvellement de son fonds. Vous êtres à contre-courant, alors que Dijon et Besançon réfléchissent à la gratuité (…). Ce choix ne répond pas à une nécessité budgétaire : c'est une méconnaissance et un choix un peu absurde ».

Damien Meslot s'est inscrit en faux contre ces propos, mais s'est surtout indigné de la tonalité de l'intervention de Samia Jaber. Une fois l'ordre du jour épuisé, le maire a donné la parole au public, donc aux défenseurs de la bibliothèque. Déploiement des banderoles, regroupement derrière les intervenants, avec une mise en scène qui semble avoir agacé le maire. « Vous n'avez pas le droit d'entrer dans l'espace des élus », a-t-il fait remarquer lorsqu'un des intervenants s'est approché pour lui déposer la pétition qui circule dans Belfort et aurait obtenu « 1 600 signatures de plus », soit plus de 5000 signatures. Rebelotte lorsque l'un des intervenants reprend la parole pour lire sa partie du texte préparé à l'avance, mais lu à deux voix. « Vous n'avez pas le droit de reprendre la parole ! » s'insurge Damien Meslot. « C'est la même intervention ! » répond l'intéressé. Dialogue de sourds.

Le maire décide d'écourter cet épisode qu'il goûte visiblement peu et décide de quitter la salle, les adjoints et sa majorité lui emboîtant le pas. Les défenseurs de la bibliothèque poursuivent leur lecture devant les seuls élus de l'opposition. Christian Proust s'empresse de souligner que c'est la première fois, à sa connaissance, qu'un exécutif n'écoute pas une intervention du public et s'insurge contre cette façon de faire, qu'il juge peu démocratique. Il y aura sans doute d'autres chapitres à cette histoire ; reste à savoir qui écrira le prochain. Et l'histoire ne dit pas si les marronniers de la place d'Armes sont devenus livres.

Pierre-Yves Ratti

La force tranquille. Sa capacité de recul aurait pu en faire un tireur sportif, mais ce sont les lecteurs de l'Aire urbaine qui vont apprécier sa précision.