Juline Gorjup et Mathilde Aybard sont championnes de France du grimper de corde et de lancer de poids, à l'occasion du parcours sportif et des épreuves athlétiques des sapeurs-pompiers. Juline Gorjup et Mathilde Aybard sont championnes de France du grimper de corde et de lancer de poids, à l'occasion du parcours sportif et des épreuves athlétiques des sapeurs-pompiers. (©My Aire Urbaine – Thibault Quartier)

Jeunes, pompiers et championnes de France

Deux jeunes pompiers du Territoire de Belfort ont été sacrées championnes de France à l’occasion du parcours sportif et des épreuves athlétiques des sapeurs-pompiers, le samedi 30 juin, à Périgueux (Dordogne). Des résultats qui illustrent des politiques plus globales mises en place par le service départemental d’incendie et de secours (Sdis 90), notamment autour du sport-santé. Et qui illustre la féminisation croissante du corps des sapeurs-pompiers.

Mathilde Aybard, 18 ans, et Juline Gorjup, 14 ans, font partie des nouveaux visages des pompiers belfortains. Pour la seconde année consécutive, Mathilde, sapeur-pompier volontaire à Rougemont-le-Château, a été sacrée championne de France de lancer de poids. Le poids de 4 kilos a été projeté à 9,9 mètres. Sa poursuivante accuse un retard de plus d’un mètre. Vertigineux ! Juline a gravi de son côté les cinq mètres de corde – soit quasiment la hauteur du 2e étage d’un immeuble – en 5 secondes et 19 centièmes. Une sacrée performance. « Je suis déjà inscrite dans une école de cirque, explique modestement la jeune sapeur-pompier de la section du collège Mozart de Danjoutin. Je me suis donc dit : « Pourquoi ne pas choisir cette épreuve. » Cela me permettait de m’entraîner. » Car grimper à la corde est une discipline très technique. « Il faut avoir une bonne coordination entre les bras et les jambes », analyse le lieutenant Régis Heidet, conseiller technique départemental. Pour gagner le droit de représenter le département, les deux jeunes femmes ont dû participer à des sélections départementales puis régionales.

Une politique de santé globale

Le Sdis 90 glane de nombreuses récompenses, notamment dans les catégories féminines, alors qu’il est le département comptant le moins de pompiers. Ces résultats ne sont donc pas le fruit du hasard. En témoigne encore la 13e place de Mathilde, qui pratique aussi l’athlétisme à l’extérieur, à l’occasion du cross national des sapeurs-pompiers, au mois de mars, en Isère. « C’est le résultat d’un travail de longue haleine, souligne le colonel Stéphane Helleu, directeur du Sdis 90. La direction favorise le sport-santé. » C’est donc bien une politique de santé globale qui est sous-jacente. Ce ne sont pas que des performances. Le Sdis 90 subventionne par exemple les sections de jeunes sapeurs-pompiers en fonction du nombre de participants à ce type d'épreuves sportives. Ce sont donc les conditions d’une bonne santé, dans la durée, qui sont encouragées à travers le sport. Ce culte de la bonne condition physique des pompiers assure aussi l’efficacité opérationnelle, une sécurité capacitaire du soldat du feu envers lui et ses coéquipiers.

La relève

Mathilde, qui porte l’uniforme depuis son adolescence, envisage sérieusement de devenir pompier professionnel. Bac en poche, elle se dirigera vers Colmar pour suivre un DUT hygiène, sécurité environnement à Colmar (68). Même si elle n’en est pas encore là, Juline se voit aussi poursuivre l’aventure. Elle entre déjà en 2e année de la section JSP. Et les deux ont déjà bien saisi le sens des mots engagement et disponibilité. Mais comment sont-elles arrivées là ? Pour Juline, c’est le discours du pompier venu présenter le dispositif de la section jeunes sapeurs-pompiers dans son collège qui l’a convaincue de tenter sa chance. Puis d’être retenue. Les valeurs du vivre-ensemble, la connaissance des gestes qui sauvent l’ont motivée. Mathilde, de son côté, avait vu des reportages. Elle voulait aussi aider la population. Elle a franchi le pas avec une amie. C’était plus simple. Elles sont devenues jeunes sapeurs-pompiers. Et aujourd’hui, les deux sont volontaires à Rougemont-le-Château.

Une féminisation croissante

On compte en France 16 % de femmes parmi les sapeurs-pompiers. Ce chiffre est de 15,2 % dans le Territoire de Belfort, avec cependant une différence de proportion entre l’univers professionnel et celui des volontaires. Il y a 6,5 % de femmes parmi les pompiers professionnels belfortains, contre 17,62 % chez les volontaires. Mais, plus on regarde les jeunes générations, plus la proportion de femmes est importante, constate le directeur départemental. Le témoin que le nouveau visage est en partie féminin, « même si quelques ressorts sont encore à faire sauter », accorde le colonel Stéphane Helleu. Un message bien assimilé dans les campagnes de recrutement, où les femmes apparaissent au même titre que les hommes. « Des femmes, il en faut chez les pompiers, confirme Mathilde. On a des approches différentes, utiles dans certaines situations. » Car même si pompier reste un métier où la condition physique est fondamentale – « il y a beaucoup de manutention, avec du matériel à porter, des gens à brancarder », dixit le lieutenant Régis Heidet – la grande force d’une équipe, c’est la polyvalence.

Le nombre de femmes est aujourd’hui croissant dans les corps de sapeurs-pompiers. Les choses évoluent. « C’est rentré dans les mœurs », acquiesce le lieutenant Régis Heidet, également adjoint au chef de centre de Belfort-Sud. Il est vrai, à rebours, que les postes de direction sont encore majoritairement masculins. « Mais parce que ces postes sont liés à l’ancienneté », explique le colonel Stéphane Helleu. La féminisation étant récente, celle de ces strates ne se fera que dans un second temps estime-t-il. Le Territoire de Belfort peut déjà se targuer d’avoir une femme chef de centre, à Belfort Nord, avec le capitaine Céline Poiret. Un parcours que l’on ne peut que souhaiter aux deux championnes belfortaines.  

Recruter

Tous les services départementaux d’incendie et de secours de France cherchent à recruter des sapeurs-pompiers volontaires. Le Territoire de Belfort ne fait pas exception. Les projets sont légion pour y répondre, comme la mise en place des sections jeunes sapeurs-pompiers dans trois collèges du département : Châteaudun à Belfort, Mozart à Danjoutin et Lucie-Aubrac à Morvillars. Chaque centre de secours anime également une section de jeunes sapeurs-pompiers, un moyen d’assurer la relève. Dans le cadre du renouvellement des centres de secours du Territoire, des chambres ont été aménagées dans les casernes pour prendre une garde si l’on n’habite pas dans le village du centre de secours ou si les pompiers ne sont pas motorisés. C’est le cas par exemple de Mathilde, qui habite Anjoutey, et intervient avec le centre de secours de Rougemont-le-Château. Lors de ses gardes (une semaine sur quatre), elle dort à la caserne et y passe son week-end. Des lieux pour se restaurer ont aussi été aménagés et le wifi a été installé pour plus de confort. Facilitant le recrutement, en le rendant plus attractif. Aujourd’hui, le Territoire de Belfort compte sur 560 sapeurs-pompiers, dont 123 professionnels et 393 volontaires. À cela s’ajoute une douzaine de services civiques et 29 personnels administratifs et techniques.

 

 

 

 

 

Thibault Quartier

Une clé anglaise de l'information, capable d'écrire autant sur le marché des Leds en aquariophilie que sur celui des huîtres ou des poules en zones périurbaines ! Un sujet vous paraît abscons, il se fera un plaisir de l'expliquer.