Dominique Balduini, président du cluster de la Vallée de l'Énergie. Il évoque les pistes de diversification de Belfort en cas de retrait de GE de Belfort ou de changement de l'activité. Dominique Balduini, président du cluster de la Vallée de l'Énergie. Il évoque les pistes de diversification de Belfort en cas de retrait de GE de Belfort ou de changement de l'activité. (DR)

La Vallée de l'Énergie : "La diversification est rendue nécessaire par la mouvance du marché des turbines à gaz"

L'attente d'éventuelles décisions de General Electric vis-à-vis du site de Belfort inquiète fortement les acteurs économiques, et plus particulièrement les sous-traitants. La date du 31 décembre apparaît comme un couperet: elle marque la fin de l'accord GE-Alstom. Des discussions autour de l'hypothétique amende, de la restructuration de General Electric, de la diversification du nord Franche-Comté et des sous-traitants animent les réflexions et les débats. Comme pour mieux préparer l'avenir. Au cas où... Dans ce cadre, le cluster de l'énergie, La Vallée de l'Énergie, peut jouer un rôle stratégique. Entretien avec son président, Dominique Balduini.

My Aire Urbaine – À combien estime-t-on le nombre de sous-traitants attachés à General Electric dans l'Aire urbaine ?

Dominique Balduini – Environ une trentaine de sous-traitants industriels et ingénierie, classés stratégiques dans la filière. Leur expertise et savoir-faire techniques apportent une réelle valeur ajoutée à la conception et fabrication des produits gaz et vapeur de General Electric. Au-delà de ces structures clés, une centaine d’autres sous-traitants sont probablement positionnés dans les services.

MAU – Dans l'incertitude face aux décisions à venir de GE, tout le monde parle de diversification, aussi bien pour le site de GE que pour le nord Franche-Comté. Selon vous, quelles peuvent être les pistes de diversification ? L'hydrogène, l'aviation ou d'autres secteurs ?

DB – GE n’a pas encore fait connaître ses décisions en matière de restructuration. Toutefois, l’aéronautique et le spatial, la défense, le nucléaire, la filière hydrogène liée aux activités de GE, l’informatique (IBM a promis de créer plusieurs centaines d’emplois en France lors du rachat de Red Hat, pourquoi pas à Belfort) sont des pistes de diversification à explorer et exploiter avec intérêt. À cela, nous pouvons greffer des actions commerciales fléchées vers l’Allemagne et la Suisse.

MAU – Cette diversification doit-elle se limiter à l'industrie ou faut-il l'ouvrir à d'autres domaines ?

DB – L’industrie présente de nombreuses composantes inhérentes à sa force de frappe, sa pérennité. Elle est le premier élément de l’économie d’un pays. Ce secteur couvre également certaines catégories de service et l’ingénierie qui ont tout intérêt à être parties prenantes de cette diversification. Il en est de même pour l’enseignement supérieur, dans un souci d’adéquation entre les formations dispensées et les besoins du terrain.

MAU – Sur quel accompagnement peuvent compter les sous-traitants largement dépendant aujourd'hui de GE pour réussir leur diversification ?

DB – La Région Bourgogne-Franche-Comté a proposé son aide à la Vallée de l'Énergie pour une première action de diversification, en collaboration avec GE et la CCI 90. Au-delà de ce soutien, nous recherchons des fonds de consolidation pour la filière. Nous instruisons les dossiers avec nos partenaires, déjà rencontrés en juillet, en continuité avec la première aide de la Région. Une première estimation de ces fonds et aides sera fournie à la fin du mois de novembre.

MAU – Quel peut être le rôle de La Vallée de l'Énergie dans cette diversification ? Peut-elle, par exemple, jouer le rôle de coordinateur pour le fléchage de la part de l'amende de GE qui sera attribuée au nord Franche-Comté ?

DB – Il ne faut pas associer l’amende de GE – dont on ne connaît pas à ce jour le montant – à la diversification, rendue nécessaire par la mouvance du marché des turbines à gaz et qui nécessite, de toute façon, une aide des pouvoirs publics, sous peine de voir s’évaporer, dans le nord Franche-Comté, un savoir et une technicité parmi les meilleures du monde. Nos adhérents ont évidemment un rôle à jouer. Ils mesurent parfaitement les besoins liés à leur diversification et donc, à leur pérennité.

MAU – Quels sont les atouts de la Vallée de l'Énergie pour être le coordinateur du fléchage de cette amende, alors que la gestion de cette manne pourrait être le sujet de convoitise des institutions politiques ?

BD – La Vallée de l'Énergie ne parle pas d’amende, mais d’un fond de diversification-consolidation, qui peut d’ailleurs être alimenté par le versement, encore hypothétique, d’une amende adressée, sous la responsabilité de l’État, à General Electric. Le bureau exécutif de la Vallée de l'Énergie est composé de dix industriels et universitaires. Leurs champs d’actions respectifs et expériences dans les domaines de l’énergie apportent une vision solide pour la filière. Certains sont déjà actifs dans les secteurs aéronautiques et nucléaires. Nous nous appuyons sur ces membres du bureau exécutif qui partagent les prospectives de leur métier et rendent lisibles les formations et moyens nécessaires, tant au niveau national qu’international. Outre General Electric et EDF, nous cherchons aussi à sortir du cadre nord franc-comtois pour élargir notre éventail d’adhérents et enrichir leurs compétences. La Vallée de l'Énergie ne cherche pas à agir seule, mais avec un collectif composé a minima de la CCI 90, du Grand Belfort, de PMA, de la Région et des services de l’État. A priori, toutes les bonnes volontés seront les bienvenues. L’efficacité de ce collectif se mesurera au nombre d’emplois préservés et/ou sauvegardés. Il faut que les pistes suivies et les actions entreprises soient clairement définies, pour éviter de tomber dans les tiroirs de la bureaucratie.

MAU – Que représente aujourd'hui La Vallée de l'Énergie en termes d'adhérents, de zone d'influence, de budget, d'actions entreprises et de personnel ? Est-elle en mesure de jouer ce rôle ?

DB – La Vallée de l'Énergie a une quarantaine d’adhérents, répartis dans le nord Franche-Comté, l'Alsace et en Europe. Le budget de fonctionnement en "année calme" avoisine les 100 000 euros et cinq personnes, dont une permanente, animent ses activités. La Vallée de l'Énergie a démontré que ses adhérents et sympathisants sont en mesure de mobiliser quand il le faut !

MAU – La Vallée doit-elle étendre sa présence géographique au-delà du nord Franche-Comté, sous quelle forme et où ? Dans quel but ?

DB – La Vallée doit rayonner rapidement vers les régions Grand-Est et Rhône-Alpes-Auvergne. Nous négocions en ce moment l’implantation d’une cellule à Mulhouse.

MAU – Quelle place doit occuper General Electric à la Vallée de l'Énergie ? Il est aujourd'hui le principal financeur : quel avenir s'il se désengage ?

DB – Les activités de General Electric, que ce soit sur les aspects gaz, vapeur et énergies renouvelables, constituent le cœur de la Vallée de l'Énergie. À noter également que General Electric est un spécialiste de l’intégration. La collaboration entre General Electric et la Vallée de l’Énergie doit rester exemplaire. Au-delà également d’EDF, il est vital d’impliquer d’autres acteurs de la filière présents dans les énergies renouvelables. Comme tout cluster, la Vallée incarne l’ambition de fédérer le plus large éventail d’acteurs stratégiques d’une filière : les grands groupes, les PME, les ETI, les start-ups, les laboratoires, les écoles, les intelligences territoriales… co-construisent la colonne vertébrale du cluster. Leurs projets, appétences et compétences irriguent nos actions, lesquelles se renouvelleront pour soutenir la filière et défendre ceux qui la portent.

 

Nota.- Cette interview a été réalisée par mail. Nous avons envoyé les questions et les réponses nous ont été retournées.

Pierre-Yves Ratti

La force tranquille. Sa capacité de recul aurait pu en faire un tireur sportif, mais ce sont les lecteurs de l'Aire urbaine qui vont apprécier sa précision.