Les Gérards – de leur vrai nom Anne Onyme – distribuent des stickers loufoques aux Eurockéennes. Les Gérards – de leur vrai nom Anne Onyme – distribuent des stickers loufoques aux Eurockéennes. ©My Aire Urbaine : Thibaut Quartier

Les Gérards crèvent l'écran de l'absurdité aux Eurockéennes !

Des stickers se baladent sur le site des Eurockéennes par milliers. Ils affichent des phrases plus loufoques les unes que les autres qui détournent références de films et expressions. C'est l'œuvre d'un collectif anonyme nommé Les Gérards. Pas si anonyme que ça, car on sait quand même qu'il est originaire de Rennes. Récit d'une rencontre (totalement) absurde.

« On trouve que le cadre est vraiment pourri et que l'accueil est mauvais », lance Gérard n°1, qui veut rester anonyme (!). On place le décor de l'entretien, pourtant idyllique en cette presqu'île du Malsaucy. Avec Gérard n°2, n°3, n°4, etc., il distribue des stickers au cœur du festival. Aux "Nichons ni froid" et "Pute bénévole" répond du "Vu sur Youporn" ou encore, plus subtilement, "indécent, l'autre monte", mais aussi "Un poussin égal d'œufs".

Les Gérards, une association créée en 2012, mais qui sévit depuis 2006, ne manquent pas d'humour et exploitent le filon de la "bof attitude". Le credo de l'association: la promotion du collectif individuel ! Trêve de plaisanterie – en France et non pas en Allemagne –, « cette association a pour but de promouvoir l'humour, l'absurdité, tout en réhabilitant les prénoms de Gérard et Chantal », explique Gérard n°6.

Tout le week-end, ils vont distribuer 8 753 stickers aux festivaliers. Soit plus de 300 par soir et par Gérard ! Sacrée performance quand même. Des stickers confortablement installés dans la banane du Gérard, floquée d'un gros "G", avant d'être distribués et collés sur le dos des festivaliers... qui sont "au bout du goulot".

"Un bol d'Eire à Dublin"

Le concept est né à La Route du Rock, au milieu des années 2000. C'était au départ une compilation des pires blagues de l'année d'une bande de potes, qu'ils affichaient fièrement en festival. Puis le festival breton les a accompagnés pour imprimer les stickers en plus grande quantité et les distribuer. « Ça fait rire, et l'objectif est de créer du lien », confie, sérieusement (enfin), Gérard n°2. Au fil des ans, le concept s'est développé, les invitations aux festivals se sont multipliées pour en animer les arcanes. Ce week-end, grâce au don d'ubiquité, Les Gérards sont même aux Eurockéennes et au festival Beauregard dans le Calvados.

Depuis 2006, ils ont conçu plus de 900 phrases qui s'affichent sur les stickers. De tous les goûts. Du mauvais au plus subtil, comme "Un bol d'Eire à Dublin". On trouve toujours dans les expressions des références de films, de chansons, d'expressions et des jeux de mots capillotractés comme "Marie-George Buffet n'est pas commode". Et à chaque catégorie, son public. Certains apprécient la misogynie. D'autres non. Certains adorent les références plus recherchées. D'autres trouvent cela trop compliqué. Ici, on a un faible pour le vulgaire, là pour les blagues alcooliques. En revanche, dans les textes, jamais d'insultes, ni de caractère méchant. « On tourne tout à la dérision, mais nous sommes bienveillants. » Même s'ils ont une appétence certaine pour le calembour, cette bande de copains trentenaire regroupe surtout « de vrais fans de musique, notamment de Sylvie Vartan », relève Gérard n°1, qui aime prendre la parole.

Dans leurs textes, on retrouve finalement le principe de l'association Les Gérards. Un gars avec qui on veut boire un coup et qui parle un peu fort.

Faire rire et faire du lien

D'où vient cette inspiration ? Roulement de tambours... Et bien, pas toujours d'eux. Ils récupèrent (parfois) les propositions de fans sur les réseaux sociaux et réunissent un haut comité de sélection – une sorte de soviet suprême – pour retenir les nouvelles formules choc qui viendront grossir les quelque 986 références comptabilisées.

« Hey les gars, interpelle un photographe en plein milieu de l'entretien. Dans le backstage de la Green Room, ils sont fans des Gérards, veulent des stickers et vous rencontrer. Il faut y aller. » L'association commence à avoir sa petite notoriété. Des festivaliers sont même prêts à payer les stickers pour en avoir et les barmans à les échanger contre des bières. Des stickers qui sont pourtant donnés gracieusement.

Pour collecter quelques deniers et imprimer sa bonne parole, l'association organise chaque année quelques événements, tout aussi loufoques que ses stickers. Au début, Les Gérards ont par exemple programmé une course de vélos d'appartement dans une rue de Rennes. Un événement ponctué par un bouquet final: la diffusion, sur écran géant, d'un feu d'artifice au son de Jean-Michel Jarre. Ils ont aussi développé le Top club, la plus petite boîte de nuit du monde. L'idée est simple: on fait entrer le plus de monde possible dans un espace réduit en balançant de la fumée, de la lumière désorganisée et des musiques kitsch.

En attendant, Les Gérards ont trouvé un bon filon pour suivre les festivals. « Mais on n'a rien demandé, rectifie, sourire aux lèvres, Gérard numéro bis. On nous invite. Le seul truc, c'est que l'on vient à huit. » Leur humour est absurde. Mais bien poilant. Et la grande force des Gérards est surtout la capacité du collectif à réconcilier les adeptes des mauvaises blagues. Ceux qui ont tendance à faire des bides et la blague de trop. À bon entendeur, salut... Gérard !

 

 

Thibault Quartier

Une clé anglaise de l'information, capable d'écrire autant sur le marché des Leds en aquariophilie que sur celui des huîtres ou des poules en zones périurbaines ! Un sujet vous paraît abscons, il se fera un plaisir de l'expliquer.