Le rapprochement entre les deux groupes européens, le Français Alstom et l'Allemand Siemens, pourrait se faire dès ce mardi 26 septembre. Le rapprochement entre les deux groupes européens, le Français Alstom et l'Allemand Siemens, pourrait se faire dès ce mardi 26 septembre. (© My Aire Urbaine : Pierre-Yves Ratti)

Alstom et Siemens, rapprochement imminent

Le rapprochement des groupes Alstom et Siemens se précise. Les deux géants du ferroviaire européen réunissent en interne leurs équipes. Ils pourraient officialiser une alliance dès ce mardi 26 septembre. 

Alstom et Siemens pourraient officialiser mardi le rapprochement de leurs activités ferroviaires qui passeraient sous le contrôle du groupe allemand, un choix de politique industrielle délicat au jour du discours d'Emmanuel Macron sur l'Europe. Le groupe français réunit mardi son conseil d'administration, où siègent deux représentants de l'État détenteur de 20 % des droits de vote, tandis que Siemens tiendra une réunion de son conseil de surveillance. Les deux groupes devraient se prononcer sur un projet déjà étudié en 2014 mais qui avait échoué, Alstom préférant céder ses activités énergie à l'américain General Electric et recentrer son activité sur le ferroviaire. Son passage sous pavillon allemand signifierait la fin d'un fleuron industriel français. Ses défenseurs soulignent qu'elle s'inscrirait dans un mouvement mondial de consolidation du secteur ferroviaire, le marché étant désormais dominé par le géant chinois CRRC Corp., lui-même issu de la fusion en 2014 de China CNR Corp. et CSR Corp.

Si cette alliance se réalise, elle donnera naissance au numéro deux mondial (en volume) pour le matériel ferroviaire roulant et au numéro un pour la signalisation, selon Bercy. Mais elle est également très politique, alors qu'Emmanuel Macron, qui montre depuis son élection une volonté de rapprochement avec l'Allemagne, présentera le même jour ses propositions sur l'avenir de l'Union européenne. Le conglomérat allemand pourrait monter au capital d'Alstom à hauteur de 45 à 50 %, en échange de l'apport de ses activités ferroviaires (matériel roulant et signalisation) au groupe français. Quant à l'État français, il pourrait sortir du capital du constructeur ferroviaire. Il en détient actuellement 20 %, via des actions prêtées par le groupe Bouygues, ce qui lui a permis d'avoir les droits de vote correspondants et deux administrateurs au conseil d'administration. L'État a jusqu'au 17 octobre pour exercer son option d'achat et débourser un milliard d'euros pour acquérir ces 20 %. S'il se retire, Bouygues reviendra à la situation initiale, avec 28,3 % au capital d'Alstom.  

Un écart de rentabilité 

Une décision dès mardi n'est « pas certaine » en raison de la « grande complexité d'une telle transaction », évaluée à 15 milliards d'euros environ, selon le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui suggérait que le Canadien Bombardier pourrait s'inviter dans un deuxième temps en apportant au nouveau groupe ses activités ferroviaires. L'écart de rentabilité entre Siemens Mobility (609 millions d'euros de bénéfice opérationnel pour 7,8 milliards de chiffre d'affaires) et Alstom (358 millions de bénéfice opérationnel pour 7,3 milliards de chiffre d'affaires), irait dans le sens d'un contrôle du nouveau groupe par Siemens, toujours selon le FAZ. La presse allemande s'interroge sur les garanties que les deux groupes auraient pu obtenir des politiques sur le volet concurrence. La FAZ et Handelsblatt rappellent que depuis 2014, le patron de Siemens, Joe Kaeser, exhorte Bruxelles à prendre en compte le marché mondial du rail, plutôt que les frontières nationales ou européennes, pour apprécier les problèmes de positions dominantes.

Pour Siemens, qui répète depuis des mois qu'il faut grossir dans le rail face à la concurrence chinoise, l'accord envisagé s'inscrit dans la stratégie plus large de Joe Kaeser, qui consiste à faire du groupe une holding contrôlant des entités autonomes.  En mai, le PDG d'Alstom Henri Poupart-Lafarge avait jugé que la création d'un « Airbus du ferroviaire », qui regrouperait des constructeurs ferroviaires européens, « serait d'une complexité inouïe », estimant toutefois « qu'une certaine consolidation devra se passer (...) en Europe. Mais ça se fera progressivement ». « Contrairement aux avions (...), nos trains sont quand même beaucoup plus spécifiques aux différentes infrastructures, on est quand même obligés de s'adapter, donc il n'y a pas des séries aussi longues que pour celles des avions. L'outil industriel est aussi beaucoup plus éclaté que l'outil industriel dans l'aéronautique », avait-il détaillé.

(Avec l'AFP)

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.