Belfort: l'arrivée de mineurs étrangers non accompagnés inquiète le Département (© My Aire Urbaine : Simon Vermot Desroches)

Belfort: l'arrivée de mineurs étrangers non accompagnés inquiète le Département Spécial

Les mineurs non accompagnés étrangers, ou MNA, sont de plus en plus nombreux à arriver dans le Territoire de Belfort. Leur prise en charge coûte de plus en plus chèr au conseil départemental, qui se sent désemparé quant à la réponse et à l'accueil à apporter.

L’association des Départements de France (ADF) l’a signalé lors de son premier bureau de l’année 2018 : « À ce jour, les Départements ne voient aucune réponse concrète aux questions posées sur la prise en charge des MNA. » Car la prise en charge des mineurs non accompagnés est devenue un nouveau poste de dépenses important des Départements. Le conseil départemental du Territoire de Belfort ne fait pas exception avec un budget de plus de 2 millions d’euros en 2017 et qui est prévu à la hausse pour 2018. Entre 2016 et 2017, le nombre de mineurs isolés étrangers a doublé (passant de 35 à 76) et, selon Florian Bouquet, président du Département, « un jeune coûte au Département environ 5 000 € par mois ».

Il dénonce également l’hypocrisie du gouvernement sur ce sujet : « L’État se dédouane de ses problèmes de migration sur les Départements. Nous dépensons plus dans l’accueil de ces jeunes que dans nos collèges. » Pour lui, l’État ne s’occupe ni des filières de crime organisé qui planifient les passages clandestins, ni des Départements pour leur permettre d’avoir les moyens de les accueillir. « C’est parfaitement le genre de décision qui fait le jeu du Front national », explique le président, conscient que ces dépenses ont une conséquence sur les moyens alloués à la protection de l’enfance. Florian Bouquet assure qu’il n’y a « aucun problème avec ces jeunes, tant sur le plan du comportement que de leur insertion ».

Le système d’évaluation en cause

À leur arrivé dans un centre, les jeunes mineurs isolés sont "évalués", afin de vérifier qu’ils sont mineurs. La procédure, qui est censée durer cinq jours, est remboursée par l’État sur cette durée. Cependant, elle est souvent plus longue ; les frais d’hébergement, de frais médicaux ou de scolarité sont donc payés par le Département. L’évaluation consiste à un entretien avec le mineur portant sur son historique personnel et une étude des documents d’état civil. « Dans 50 % des cas, la police aux frontières ou les préfectures sont incapables de prouver l’authenticité d’un document, explique Serge Durand, directeur de la protection des mineurs isolés étrangers à l’association France terre d’asile. Ils ne viennent pas avec des passeports biométriques, mais des extraits de naissance, qui varient entre les villes où ils sont nés, même à l’intérieur du même pays… »

En dernier recours, il est possible de faire un test osseux du poignet, mais ce test n’est fiable qu’à 18 mois près. Dirigées par un juge des enfants, ces procédures peuvent donc prendre plusieurs semaines, d’où la colère des Départements. Selon un rapport de la fondation Ifrap, un think tank sur les politiques publiques et les administrations, de tendance libérale, « en 2016, l’Assemblée des départements de France a estimé le coût de prise en charge des MNA à 1 milliard d’euros dont 155 millions dédiés à la mise à l’abri pendant la phase d’évaluation de situation. Aujourd'hui, les Départements se disent submergés par la prise en charge des MNA et accusent l’État de ne pas prendre ses responsabilités. » Une accusation qui reste pour le moment sans réponses.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.