Empoisonnements à Besançon: l'anesthésiste demande le droit d'exercer à nouveau

Faisant face à des difficultés financières, le médecin mis en examen souhaite pouvoir exercer partiellement sa profession hors du Doubs.

Un médecin anesthésiste de Besançon mis en examen en mars 2017 pour sept empoisonnements de patients, dont deux mortels, a demandé mercredi à la justice d'alléger son contrôle judiciaire pour pouvoir exercer à nouveau sa profession.
La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Besançon, qui a examiné cette requête, rendra sa décision le 23 mai. Ce médecin clame son innocence et réclame l'autorisation de pratiquer des consultations d'anesthésie dans des établissements hospitaliers hors du département du Doubs, sans accès aux blocs opératoires et aux produits présentant un danger pour les patients.

"On ne peut pas avoir la garantie qu'il n'aura pas accès à certains produits et qu'il n'y aura pas d'acte qui puisse mettre en cause l'intégrité physique du patient au moment de l'opération", a estimé l'avocat général, se prononçant pour le maintien du contrôle judiciaire en l'état. Les avocats de l'anesthésiste, Mes Randall Schwerdorffer et Ornella Spatafora ont souligné "la situation financière extrêmement compliquée" de leur client, "sans revenus depuis quinze mois, alors qu'in fine il pourrait bénéficier d'un non-lieu".

Le praticien est soupçonné d'avoir empoisonné sept patients âgés de 37 à 53 ans, entre 2008 et 2017, lors d'opérations sans difficultés particulières dans deux cliniques privées de Besançon. Selon les investigations de la police judiciaire, des doses létales de potassium et d'anesthésiques locaux ont été volontairement administrées aux patients, provoquant des arrêts cardiaques. Cinq ont pu être ranimés, deux sont décédés.
Les enquêteurs suspectent ce praticien réputé parmi ses pairs à Besançon d'avoir provoqué ces arrêts cardiaques afin de briller en posant les bons diagnostics. "Je n'ai jamais fait de diagnostic précoce, je n'ai jamais injecté d'antidote et je ne suis jamais entré dans un bloc sans que l'on m'appelle", se défend Frédéric Péchier, qui se bat pour prouver son innocence.

"Il y a bien un empoisonneur, mais ce n'est pas lui", a déclaré Me Schwerdorffer qui dénonce "l'absence de preuves pénales" et réclame la levée de sa mise en examen. Dans un contexte de rivalité entre médecins, il met en cause un autre anesthésiste qui "a reconnu avoir posé deux des diagnostics" permettant de ranimer les patients empoisonnés.

( AFP )

Pierre-Yves Ratti

La force tranquille. Sa capacité de recul aurait pu en faire un tireur sportif, mais ce sont les lecteurs de l'Aire urbaine qui vont apprécier sa précision.