Les filières courtes ont le vent en poupe, notamment dans l'Aire urbaine où de nombreuses initiatives ont été lancées. Les filières courtes ont le vent en poupe, notamment dans l'Aire urbaine où de nombreuses initiatives ont été lancées. (Rupprich, CC0 Creative Commons)

Bien comprendre la différence entre bio et filières courtes

Filières courtes (1/6). Depuis plusieurs années, le bio a fait une entrée fracassante dans la vie des consommateurs. Installé dans les supermarchés, il perd pourtant peu à peu son aura de bon produit. Certains choisissent de revenir à une consommation en circuit court, le meilleur moyen de savoir d’où vient le produit. Dans ce premier opus de notre série valorisant les filières courtes de l'Aire urbaine, on différencie le bio de ces circuits courts. Décryptage.

Le bio était par le passé associé dans l’imaginaire collectif à de petites exploitations, n’utilisant ni OGM ni pesticides, dans le respect de la biodiversité. Une agriculture moins industrielle et plus raisonnable. Aujourd’hui, le bio est un immense marché dont la valeur des achats était estimée en 2016 à plus de 7 milliards d’euros en France. Les grandes surfaces n’ont d’ailleurs pas hésité à développer leurs propres marques. Désormais, ces rayons font concurrence à des enseignes historiques, comme la franchise Biocoop. À présent, 45 % des ventes de produits bios en France sont réalisées en grandes surfaces, sur lesquelles elles n'hésitent pas à marger. C’est du moins ce que révélait UFC que Choisir en août 2017, annonçant dans une de ses enquêtes que si les fruits et légumes issus de l'agriculture biologique étaient 79 % plus chers que les autres, « 46 % de ce surcoût [provenaient] en réalité de marges réalisées sur le bio par les grandes surfaces ».

Le bio toujours bio ?

Le label bio a été instauré en 2001 et est piloté par les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique, ainsi que par des fédérations et syndicats d’agriculteurs biologiques. Aujourd’hui, pour être labellisé par l’Agence bio et obtenir la petite étiquette verte AB sur son produit, il faut respecter un cahier des charges. Qui peut évoluer. Qui a évolué. Ces produits sont certifiés à un taux d’OGM inférieur à 0,9 %, un plafond « exclusivement lié à la présence fortuite et techniquement inévitable d'OGM », selon la réglementation européenne. Ce taux est utilisé dans la plupart des produits de consommation en France. L’agriculture biologique doit également respecter plusieurs impératifs de production, notamment la préservation de la biodiversité, la non-utilisation d’engrais chimiques, même si certaines exceptions sont présentes dans le droit européen. Notamment en cas de besoin vétérinaire, de nécessité de nettoyage après infection… Pourtant, une enquête de France 3 révélait en octobre 2017 que les carottes d'une enseigne bio contenaient plus de pesticides que d'autres carottes non bios. Aujourd’hui, si le label reste synonyme d’agriculture respectueuse de l’environnement, l’arrivée de grandes enseignes sur ce marché et l’augmentation de la production ne fait plus de lui un synonyme du « bien manger », ni du respect de l'agriculture paysanne. Car agriculture biologique ne signifie pas non plus agriculture locale.

L’autre alternative: le circuit court

Pour savoir ce que l’on a dans son assiette, il reste alors le circuit court. Ce qui est issu du circuit court n’est pas forcément bio. Cependant, avoir dans son assiette des carottes qui ont poussé à quelques kilomètres de chez soi ou un fromage confectionné par l’éleveur du village d’à-côté semble intéresser de plus en plus de consommateurs. D’abord parce que le circuit court est un acte citoyen, permettant de valoriser le travail des producteurs locaux dont les conditions de travail sont souvent difficiles. Ensuite, il limite fortement l'empreinte carbone du produit liée à son transport. L’activité est en plein boum, en témoigne le succès des marchés de villages qui se développent l’Aire urbaine, notamment dans le pays de Montbéliard, ou encore les initiatives de mise en relation des producteurs et des consommateurs. Au réseau de "la Ruche qui dit oui" répondent des associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (Amap) ou des plateformes numériques ne proposant que des produits locaux, comme La Place du local.

Toute la semaine, à travers six rendez-vous, My Aire Urbaine présente les initiatives qui animent les réseaux des filières courtes dans l'Aire urbaine, en commençant ce mardi par les collectivités et le programme Agrilocal 90, dont l'objectif est de fournir des produits locaux à la restauration scolaire.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.