Du camping aux concerts, portrait des nouveaux festivaliers comme des plus aguerris. Du camping aux concerts, portrait des nouveaux festivaliers comme des plus aguerris. (© My Aire Urbaine : Simon Vermot Desroches)

Eurocks: le festivalier à travers les âges

Lors de l’édition 2017 des Eurockéennes, deux chercheurs, Emmanuel Négrier (CNRS) et Aurélien Djakouane (Nanterre), aidés par des professeurs et étudiants de l’IUT de Belfort-Montbéliard, ont réalisé une vaste enquête sur le public du festival.

Avec près de 1300 questionnaires remplis et 129 entretiens réalisés, Emmanuel Négrier a tenu à remercier « la bienveillance des festivaliers, souvent prêt à répondre aux questions, à la condition qu’on ne les empêche pas de voir le concert de l’année ». Déjà réalisée en 2010 et 2014, l’étude de 2017 a cette fois porté principalement sur la jeunesse, qui vient en nombre au début du mois de juillet sur la presqu’ile du Malsaucy, puisque 38 % des festivaliers sont étudiants, lycéens, ou collégiens.
Si l’étude ne permet pas de répondre à la question « Quel est le profil type du festivalier ? », elle met notamment en avant des différences de pratiques et de réflexes entre les nouveaux arrivants et ceux qui, année après année, réservent leur premier week-end de juillet. Du côté de la direction des Eurockéennes, on ne cache pas l’intérêt économique d’une telle recherche: connaître son public, les points forts et faibles de la programmation, comment appréhender les nouveaux arrivants... 

Le nouveau cherche la tête d’affiche, l’ancien fouille la programmation

L’étude révèle que 42 % des festivaliers de 2017 étaient de nouveaux festivaliers. Parmi eux, la moitié est un public étudiant. Ils se distinguent en deux grandes catégories, nommés par les chercheurs : les « enfin libres », à comprendre « enfin, je suis disponible pour aller aux Eurockéennes » et les « enfin l’âge », à comprendre « enfin sans les parents ». C'est donc principalement la réputation des Eurockéennes, surtout dans l’est de la France, qui permet un renouvellement du public.
Pour ces festivaliers débutants, « ils découvrent et doivent donc être rassurés », signale Emmanuel Négrier. Ils y vont donc entre amis, ne se risquant pas à un périple seul et pour une durée limitée, « très peu de primo festivaliers prennent un pass », expliquent les chercheurs. Enfin, ils viennent pour quelques têtes d’affiche. « Paradoxalement, celui qui vient pour la première fois ne regarde que les grands noms et vient pour eux. Il n’ira pas chercher plus loin dans la programmation. L’habitué au contraire va chercher, fouiller, trouver ses pépites et cocher ses concerts à l’avance », explique Emmanuel Négrier. 

Le rock toujours préféré par les festivaliers

Chaque année à l’annonce de la programmation, les réseaux sociaux s’enflamment. Trop de rap, le festival perd ses valeurs, pourquoi lui n’est pas là… Pourtant lors du festival, l'étude explique que ces critiques semblent s’éteindre. Le festivalier est curieux et prêt à découvrir les concerts. Il est tolérant envers les styles musicaux des autres et bienveillant envers les programmateurs, conscient des problématiques de coûts de certains groupes.
Et la force du festival est alors les différents styles proposés, « à la question, "Citez les trois groupes que vous attendez le plus", 62 groupes ont été cités sur 72 », relève Emmanuel Négrier. Certains styles se détachent pourtant, et le rock garde la tête des styles préférés des festivaliers devant l’electro et loin devant le rap. Il en sort donc quelques profils de goûts musicaux : 22 % viendraient pour l'electro-rock-rap, 16 % pour le rock-métal-jazz. Et bien sûr les irréductibles de la première heure: 15 % de "tout sauf le rap"!

Pour l’ancien festivalier, et l’étude le dit : « L'important, c’est la convivialité, la découverte et, finalement, la meilleure façon de se dire, c’est les vacances ! » 

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.