Martial Bourquin : « Nous devons mettre de la régulation là où il n’y en a pas »  

Centre-ville (1/6) – Martial Bourquin, sénateur du Doubs, a déposé au mois d’avril une proposition de loi pour revitaliser les centres-villes. Un travail qu’il a réalisé avec de nombreux sénateurs venus de tous les partis politiques. Le texte sera discuté dans les prochaines semaines par le Sénat et l’Assemblée nationale. Fiscalité, amélioration de l’habitat, régulation des zones commerciales… ou comment remettre de la vie dans les centres-villes. C'est le premier épisode d'un nouveau dossier de My Aire Urbaine consacré au dynamisme ou à la revitalisation des centres-villes dans l'Aire urbaine.

My Aire Urbaine – Quel constat avez-vous réalisé lors de l’étude menant à cette proposition de loi ?

Martial Bourquin – Aujourd’hui, en France, il y a 700 centres-villes et centres-bourgs en difficulté. Une réelle culture de la périphérie s’est mise en place : l’habitat, le commerce, les services publics... Le supermarché est un concept bien français qui s’est développé en Europe à l’exception de deux pays : l’Allemagne et l’Angleterre. Dans ces pays, quand on veut implanter une grande surface, il y a une étude d’impacts. En France, on ne fait qu'une étude environnementale ! Quand l’Allemagne autorise un supermarché en périphérie, ce sont sur des zones réservées à cela et qui ne mettent pas en péril leurs centres-villes. En Angleterre, c’est extrêmement rigide. Une étude indépendante extrêmement poussée calcule le nombre d’emplois créés, supprimés ou encore l’impact sur un centre-ville… En France, pour une implantation en dessous de 1 000 m² et on ne maîtrise rien du tout ! Tout peut se faire et c’est une erreur magistrale. Il faut redonner aux élus des capacités d’agir.

MAU – Quelles sont les grandes réformes à mettre en œuvre ?

MB – Il y a beaucoup trop de logements vacants en centres-villes. Que ce soit du logement social, du logement privé, tout ce qui se fait, nous devons le faire dans les centres-villes. Il faut mettre en place une fiscalité avantageuse, quitte à augmenter un peu plus la périphérie. On a fait des zones franches en périphérie, pourquoi ne pas en faire en centres-villes ? On agit ainsi sur le commerce, mais aussi sur les professions libérales comme la santé, qui est un élément clé de l’attractivité d’un centre-ville. Il nous faut des parkings, une circulation plus fluide, des espaces publics, de la culture... Cela va coûter très cher. Ce que l’on préconise, c’est un plus grand pouvoir des élus et, comme chaque centre-ville est différent, nous devons faire confiance à l’intelligence territoriale.

« Il faut retrouver du dynamisme pour créer du lien »

MAU – Comment financer de tels projets ?

MB – Nous devons mettre de la régulation là où il n’y en a pas : les zones commerciales et le e-commerce. Nous proposons de taxer les livraisons liées au commerce électronique. Pour les zones commerciales, nous proposons une taxe sur l’artificialisation des terres, c'est-à-dire les terres agricoles transformées en parking et en grande surface. Je pense qu’on a assez construit en périphérie. Les nouvelles constructions devront se faire sur des friches et non sur des extensions de zones commerciales. Chaque année, ce sont des millions de m² qui se créent et maintenant on a des friches commerciales qui se forment. Ce sont celles-ci qu’il faut réhabiliter et non pas en étendre d’autres. Ce sont en plus deux taxes écologiques.

MAU – Comment voyez-vous le centre-ville du futur ?

MB – On ne peut plus laisser le e-commerce au GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple, NDLR). Nous devons l’apporter aux commerçants indépendants. Des managers de centre-villes pourront proposer des concepts avec applications à des commerçants, qui restent toute la journée dans leur boutique et qui n’ont pas le temps de le faire. On compte sur les grandes surfaces pour revenir en centre-ville. Certaines marques y sont très sensibles parce que pour la première fois, les hypermarchés ont perdu de l’argent. Il faudra donc leur créer les conditions pour qu’ils puissent revenir : on ne trouve pas 500 m² en centre-ville comme ça ! Ces grandes surfaces pourraient servir de locomotives. Enfin, l’alimentaire doit revenir en centre-ville et je crois beaucoup aux circuits courts. Les producteurs locaux doivent pouvoir vendre dans les centres-villes.

MAU – Pourquoi est-ce si important aujourd'hui ?

MB – Une fois qu’on a perdu son centre-ville, on ne le retrouve pas ! C’est très difficile à faire, très facile à perdre. Le centre-ville est un facteur de vie sociale. En dévitalisant nos villes, on ajoute à une crise sociale déjà importante. Il faut retrouver du dynamisme pour créer du lien, de la culture, de la lutte contre la solitude et derrière le sujet commercial, il y bien d’autres enjeux civilisationnels.

Ce lundi, deuxième épisode de notre série sur les centres-villes, avec une rencontre de David Lestoux, gérant d'un cabinet d'expertises sur l'attractivité des territoires.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.