Sandrine Bathmann, fleuriste à Trésors fleuris, avenue Jean-Jaurès à Belfort. Son chiffre d'affaires a chuté depuis le départ de l'hôpital. Sandrine Bathmann, fleuriste à Trésors fleuris, avenue Jean-Jaurès à Belfort. Son chiffre d'affaires a chuté depuis le départ de l'hôpital. (© My Aire Urbaine : Simon Vermot Desroches)

« Depuis le départ de l’hôpital, notre chiffre d'affaires a baissé de 30 % »

Centre-ville (5/6) – Depuis quelques années, les services publics ont tendance à quitter les centre-villes et à s’installer en périphérie, voire à disparaître. Dans l'Aire urbaine, la fuite des centres hospitaliers de Montbéliard et Belfort, pour être regroupés à Sevenans, en est la parfaite illustration. Une politique de l’État et des collectivités qui met en difficulté les commerçants. Faute de flux, ils perdent peu à peu une clientèle qu’ils avaient fidélisée. Reportage.

« Depuis le départ de l’hôpital, notre chiffre d'affaires a baissé de 30 %. » Le constat de Sandrine Bathmann, la propriétaire de Trésors Fleuris, avenue Jean-Jaurès à Belfort, en face de l’ancien hôpital, est douloureux. À Belfort, le déménagement de l’hôpital vers le site médian pèse sur les résultats des commerçants belfortains installés entre l’avenue Jean-Jaurès et le faubourg des Ancêtres. « Ceux qui venaient rendre visite aux patients n’étaient pas forcément nos clients, constate la fleuriste. Mais les infirmiers et les docteurs venaient acheter des fleurs. Aujourd’hui, ils ont même quitté le quartier. » Le constat est amer.

« Ce sont plus de 1 700 salariés qui ne consomment plus quotidiennement à proximité du secteur de l’hôpital et un nombre important de visiteurs qui ne vient plus, analyse Alain Seid, président de la chambre de commerce et d'industrie du Territoire de Belfort, pour mesurer l'impact de ce déménagement, avant de regretter: Les logements prévus à la place de l’hôpital ne compenseront jamais ce trafic. »

« Les commerçants touchent le fond »

Sandrine Bathmann est aujourd’hui en difficulté à tel point que son employé à qui elle ne pouvait pas proposer plus de 39 heures par mois a démissionné, il y a quelques semaines. À cela s'ajoutent les travaux... « Je n'en peux plus », confie la fleuriste. Elle se pose clairement « des questions concernant l’avenir ». Même chose à Montbéliard, où 2 000 employés ont migré vers l'espace médian. François Del Fiol, ancien commerçant du centre-ville, aujourd’hui retraité et président de l’association des commerçants et artisans de la ville, se rappelle : « Il y avait la caserne militaire, leurs familles ; elle est partie. Après, le tribunal est parti en périphérie, puis la caisse d'allocations familiales, la sous-préfecture... Et le dernier gros coup est venu de l’hôpital. Nous n’avons pas la chance, comme Belfort, d’être une préfecture et de réussir à en garder quelques-uns. » Le constat est donc bien plus amer à Montbéliard, où François Del Fiol assure que « les commerçants touchent le fond ». La dernière grande frayeur est venue du possible déménagement, finalement avorté, du conservatoire.

La JonXion, toujours en expansion

L’inquiétude de voir de nouveaux services quitter ces villes pour l'espace médian et la JonXion reste grande. Il y a quelques mois, Damien Meslot évoquait la possibilité de créer un tribunal médian. « Il y a des stratégies autour de la JonXion qui sont en dépit du bon sens, regrette Martial Bourquin, sénateur du Doubs et élu à Audincourt. Elle a été faite pour la création de services qui n’existaient pas. Pas pour prendre les services des centres-villes, dénonce-t-il avant de conclure : La JonXion restera une zone et un lieu de passage. Elle ne sera jamais un centre d’agglomération. » Dans cette perspective, Alain Seid s'inquiète tout autant : « Nous devons rester prudent. La JonXion II va créer de nouveaux locaux. Avec l’hôpital et la future clinique, cette zone va devenir un pôle médical important. Il ne faudrait pas que les médecins qui sont en villes partent eux aussi... » Les services publics entre Belfort et Montbéliard tendent à se mutualiser et donc à s’installer dans l’espace médian. Dans cette ambiance morose, c'est à se demander si le pire n'est pas à venir pour les commerçants des centres-villes ?

Suite et fin de notre série sur les centres-villes, ce vendredi, avec un article abordant la revente des commerces.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.