Dominique Kiéré a repris la Droguerie alsacienne avenue Jean-Jaurès, à Belfort. Dominique Kiéré a repris la Droguerie alsacienne avenue Jean-Jaurès, à Belfort. (© My Aire Urbaine : :Simon Vermot Desroches)

Belfort : la Droguerie alsacienne existe depuis 1925, et cela continue !

Centre-ville (6/6) – Dominique Kiéré est le nouveau gérant de la Droguerie alsacienne, avenue Jean-Jaurès à Belfort. Depuis le mois d’avril, il met sa patte sur l’un des magasins les plus anciens de la ville de Belfort après l'avoir repris, confiant dans son potentiel. Un exemple de reprise possible d'un commerce en centre-ville. Avec un repreneur au parcours singulier. C'est la conclusion de notre dossier sur les centres-villes dans l'Aire urbaine.

C’est l’un des plus anciens magasins de Belfort. La Droguerie Alsacienne, dans l’avenue Jean-Jaurès, a récemment changé de propriétaire, mais pas d’identité ; on ne change pas l’identité d’une institution. Pourtant, Dominique Kiéré, le nouveau gérant, a décidé d’y mettre sa patte. Lui qui habite à Belfort depuis toujours, il avait l’habitude de venir acheter du savon de Marseille Marius Fabre dans cette boutique. C’est un jour, simplement en passant acheter son savon qu’il voit que l’enseigne, présente depuis 1925, est à vendre. Quelques mois plus tard, le voilà derrière le comptoir.

Lassé de la grande distribution

Longtemps dans la sécurité alimentaire, il quitte son poste après une réorganisation de la direction et termine dans la grande distribution. « J’en ai eu très vite marre. Quand on vous dit “le consommateur demande cela”, alors qu’au final le consommateur ne fait que subir les choix de la grande distribution ; quand vous négocier 10 centimes sur de la viande auprès d’agriculteurs qui n’ont pas le choix et n’en vivent pas... » Les griefs sont multiples. Un changement radical s’imposait donc pour lui.
Pour retrouver un semblant de logique, il souhaitait ouvrir un magasin de circuits courts à Belfort. « Mais les magasins alimentaires de proximité, c’est très compliqué. On vous dit “c’est génial ce que vous faites”, mais on va quand même faire ses courses en supermarché. » Le constat est dur. Mais semble réaliste. C’est donc au détour d’un savon de Marseille et après une étude de marché qu'il il signe l’achat de la boutique, malgré les réticences des comptables et banquiers. « C’est mon banquier personnel qui habite le quartier qui a vu l’intérêt de mon plan. Je me suis donc lancé. »

Le projet de made in France

Si ce n’est pas le magasin de circuits courts dont il rêvait, une droguerie peut elle aussi revêtir des accents locaux. « J’essaie d’avoir énormément de produits français. Ça va des savons de Marseille, aux couteaux Laguiole jusqu’au produit pour le jardin, ou les petits ustensiles qu’on trouve dans une droguerie. Bien sûr, impossible de faire du 100 % français, mais je n’en suis pas très loin », assure-t-il en souriant. Alors qu’une dame entre dans la boutique pour acheter de quoi se débarrasser des limaces qui infestent son jardin, le dernier flacon chimique s’en va. « Je n’en rachèterai pas, assure-t-il. Je vends des pots de coquilles d’huîtres concassés. Ça fonctionne très bien. Je n’ai pas envie de vendre des produits chimiques. » La nouvelle politique est annoncée. Et claire. En ayant des produits introuvables dans les supermarchés, en vantant les mérites du « fabriqué en France » et en tirant profit d’une excellente connaissance de ses produits, Dominique Kiéré espère gagner son pari. « Mon chiffre est en hausse. Je suis là où je voulais être, même si j’ai encore un peu de mal à gérer mon stock. » S’il n’y a que ça !

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.