Bruno Le Maire, ministre de l'économie lors de sa visite à Belfort. Bruno Le Maire, ministre de l'économie lors de sa visite à Belfort. (© MyAireUrbaine : Simon Vermot Desroches)

Siemens-Alstom: feu vert de Bercy à la fusion, l'intersyndicale proteste

"Huit mois après" l'annonce du projet de fusion, "le niveau d'incertitudes reste inacceptable", a estimé l'intersyndicale dans une déclaration commune.

Le ministère français de l'Economie a formellement donné son feu vert à la fusion du constructeur ferroviaire Alstom avec les activités mobilité de l'allemand Siemens, ont annoncé ce mercredi 30 mai les deux entreprises dans des communiqués distincts. "Dans le cadre du projet de combinaison, le ministère de l'Economie et des Finances a accordé le 28 mai 2018 son autorisation à Siemens au titre du décret relatif aux investissements étrangers en France", a déclaré Alstom. Siemens a rappelé de son côté que Bercy avait la possibilité, dans le cadre de ce décret, de limiter ou interdire des investissements étrangers dans certains secteurs économiques.

Alstom, qui fabrique notamment le TGV, et la division transport de Siemens avaient signé fin mars leur accord de rapprochement. L'annonce du projet en septembre avait suscité une polémique en France, une partie de la classe politique dénonçant la prise de contrôle par un groupe allemand d'un fleuron de l'industrie française. L'intersyndicale d'Alstom est opposée à ce projet, craignant des fermetures de sites et des suppressions d'emplois en France.

"Huit mois après" l'annonce du projet de fusion, "le niveau d'incertitudes reste inacceptable", a estimé l'intersyndicale CFDT, CFE-CGC, CGT et FO dans une déclaration commune mercredi, à l'occasion d'un comité central d'entreprise (CCE) extraordinaire. Une déclaration "ignorée" par la direction, a déclaré à l'AFP Boris Amoroz (CGT). L'intersyndicale, qui appelait à une journée d'action européenne avec le soutien de la fédération européenne IndustriAll, réclame notamment que soient garantis "tous les emplois et tous les sites européens" et demande plus de "transparence sur les projets industriels à long terme d'Alstom et de Siemens". En France, "plus de 400 salariés ont débrayé" sur le site de La Rochelle et "une partie du personnel" du site de Reichshoffen (Bas-Rhin) "a arrêté le travail une heure plus tôt", a précisé M. Amoroz (CGT). Ailleurs, la journée s'est traduite par des distributions de tracts.

Le groupe allemand a également annoncé mercredi que l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) lui avait accordé "l'autorisation de ne pas devoir déposer une offre de rachat sur les actions restantes après la conclusion de l'opération" de fusion. "Ces autorisations constituent des étapes clés dans la réalisation" de la fusion, a souligné Alstom. Le groupe français a rappelé que ses actionnaires seraient appelés à approuver ce rapprochement lors d'une assemblée générale le 17 juillet. Siemens apportera ses activités ferroviaires et signalisation à Alstom, en échange de la moitié du capital du français, dont il pourra dépasser les 50,5% du capital après quatre ans.
Henri Poupart-Lafarge, le PDG d'Alstom, sera le patron opérationnel de cette future société qui doit devenir le numéro un mondial de la signalisation ferroviaire et le numéro deux du matériel ferroviaire roulant. Elle sera basée, comme Alstom, à Saint-Ouen (près de Paris).

(AFP)

Pierre-Yves Ratti

La force tranquille. Sa capacité de recul aurait pu en faire un tireur sportif, mais ce sont les lecteurs de l'Aire urbaine qui vont apprécier sa précision.