Lors des débuts des travaux de la ligne Belfort-Bienne. Lors des débuts des travaux de la ligne Belfort-Bienne. (© My Aire Urbaine : Thibault Quartier)

La Suisse déçue par la gestion de la ligne Belfort-Bienne

David Asséo, délégué aux transports au service du développement territorial du canton du Jura regrette le manque d’anticipation concernant la ligne Belfort-Bienne. Pour lui, un manque de moyens ne permet pas des dessertes de qualité.

« Cette question aurait dû être réglée il y a trois ans, pas six mois avant l’ouverture de la ligne ». La ligne Belfort-Delle-Bienne est source, depuis quelques jours, à polémique. Après les inquiétudes des élus belfortains, puis le soutien du canton du Jura, David Asséo, délégué aux transports au service du développement territorial de la République du Canton du Jura témoigne lui aussi d’un manque cruel d’anticipation dans ce dossier.
Horaires qui ne conviennent ni aux scolaires ni aux frontaliers, impossibilité fixée par la SNCF aux trains suisses d’arriver jusqu’à Belfort… Les grands espoirs ont fait place aux inquiétudes de l’autre coté de la frontière.

La rupture de charge à la gare TGV; des raisons financières

« On nous annonçait au début 24 trains, il n’y en a plus que 16. Nous avons été dans les discussions et cela est principalement dû à des contraintes financières », explique David Asséo. La Suisse investira pourtant entre 1,5 et 2 millions d’euros dans les dépenses de frais d’exploitation d’une ligne 100 % française. Il n’en reste pas moins que « c’est 30 à 40 % plus cher de faire circuler un train en France plutôt qu’en Suisse », explique-t-il.
Résultat: moins de trains, et une rupture de charge à la gare TGV. « Ce n’était pas notre choix; c’est le fruit d’un compromis », explique David Asséo. Il ajoute : « Nous demandons juste l’autorisation de rouler jusqu’à Belfort à la SNCF. S’il y a une panne sur la ligne Belfort-Gare TGV, on ne pourra même pas faire rouler nos trains. Pour les évènements qui se déroulent à Belfort, comme les Eurockéennes, on ne pourra pas non plus affréter nos trains. »
Un ensemble de choses ressenti comme une mesure protectionniste par la Confédération. David Asséo trouve le réconfort « dans le soutien des élus belfortains qui pourraient refuser un train non estampillé Alstom, mais ce n’est que l’exploitant qui refuse... »
Concernant les accusations de lobbying pour la Suisse de Michel Neugnot, vice-président à la Région, le délégué aux transports a quelques regrets : « Ce n’est pas une question de couleur de train. Des Français viennent travailler en Suisse, on en bénéficie, la France aussi… On doit dépasser le caractère France d’un coté, Suisse de l’autre ».

La Suisse et le train, une longue histoire d’amour

Difficile de comparer la France et la Suisse concernant le rail. « Nous sommes en train de préparer les créations d’ouvrages et de réfléchir aux lignes de 2035 », explique David Asséo, quand en France on discute des horaires six mois avant l’ouverture… Sur cette ligne, cette patte suisse pourrait être très utile, mais difficile de le mettre en place surtout en raison des coûts d’exploitation.
« Pour qu’une ligne soit utilisée, on privilégie un cadencement à la demi-heure en Suisse. Cela permet à celui qui travaille de ne pas se dire "si mon rendez-vous s’éternise je n’aurai pas mon train" et donc de lui faire prendre sa voiture. C’est l’offre qui créé la demande dans ce contexte. » Idem pour les transports scolaires, eux aussi mis en cause par les élus belfortains: « Tout est un travail d’anticipation et d’adaptation. Les horaires que l’on a aujourd’hui ne seront peut-être pas les mêmes dans deux ou cinq ans ». 

En conseil municipal à Belfort, Bastien Faudot, élu MRC, a annoncé une rupture de charge de 38 minutes à la gare TGV. Rien à voir avec le cadencement suisse...

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.