Belfort : General Electric et son « matraquage des sous-traitants » (DR)

Belfort : General Electric et son « matraquage des sous-traitants »

Les sous-traitants du nord Franche-Comté font partie des premières victimes des difficultés de General Electric. Baisse ou disparition de commandes, débauchages dans leurs entreprises, PME et PMI ont subit de plein fouet, cette année, les fluctuations du géant américain. Et ils s’attendent au pire.

L’annonce attendue par tous depuis plusieurs mois a été faite : General Electric n’honorera pas l’accord passé avec le gouvernement lors du rachat d’Alstom sur la création de 1 000 emplois en France. Les difficultés financières du groupe ne le permettent pas. Outre les salariés, les sous-traitants de groupe américain dans le nord Franche-Comté souffrent également de ces difficultés. « Ils ont matraqué les sous-traitants », assure l’un d’entre eux qui souhaite rester anonyme. De nombreuses entreprises ont en effet investi très fortement pour tenir le rythme de GE. « Certains se sont même consacrés à 100 % aux pièces de General Electric, confie Sophie Elizeon, préfète du Territoire de Belfort, avant de poursuivre : Et la conjoncture n’est pas rassurante actuellement pour GE comme pour ces sous-traitants. » Les constats sont amers. Les perspectives très inquiétantes à l'échelle du bassin belfortain. « Des entreprises sont déjà mortes depuis ce début d'année. Lentement et sans faire de bruit. C'est une fuite au niveau économique », déplorent les sous-traitants. 

Les créations d’emplois : des transfuges de sous-traitants

Déjà en 2017, une baisse des commandes avait été observée dans la filière gaz et surtout turbine. Depuis, rien ne s’est arrangé et certains ne reçoivent plus de commande. Pour Michel Zumkeller, député du Territoire de Belfort, qui s'adressait, début juin en séance dans le cadre des questions aux gouvernements à l’Assemblée nationale, à Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, « le risque est de perdre 200 à 300 emplois, sur le site, chez les seuls sous-traitants ». Autre problème, la politique de Donald Trump, qui provoque un retour au bercail des productions de pièces. « On apprend que les pièces sont même identifiées directement depuis les États-Unis, et non en France ! » assure Michel Zumkeller. De même, sur les 323 créations d’emplois effectifs, certains sont de simples transfuges de PME locale. Les sous-traitants assurent ainsi que leurs meilleurs éléments sont partis gonfler les rangs des 1 000 emplois. « Pour le bassin d’emploi local, il ne s’agit évidemment pas d’une création d’emplois », déplore Michel Zumkeller.

Et maintenant ?

Alors quelle solution pour ces sous traitants ? « Du temps », répondent-ils. Du temps pour diversifier leur production et leur clientèle… Pour cela, il faudra de l’argent, trouver de nouveaux commerciaux pour avoir de nouveaux clients. « L’État dispose d’outils pour veiller à ce qu’elles ne soient pas trop pénalisées en termes de charges, à ce que leurs investissements soient facilités ou leurs échéances de prêts étalées », demandait Michel Zumkeller début juin. Même constat du côté de la préfecture, qui a mis en place un système de médiation spécialement pour les sous-traitants locaux, en lien avec la CPME. « Mais parfois, ces entreprises sont en trop grandes difficultés financières. Ils ont trop tardé, pour des raisons valables, je le comprends, mais cela reste contre-productif », explique la préfète. 

Historiquement associés à Alstom, les premiers sous-traitants ont fait les frais de la vente de la société à GE. Au mois d’octobre, le groupe n’aura plus d’obligation envers l’État. « À partir de ce moment là, ils feront ce qu’ils veulent... » lâche un sous-traitant, presque résigné.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.