General Electric représente-t-il l'avenir industriel de Belfort ? General Electric représente-t-il l'avenir industriel de Belfort ? (©My Aire Urbaine – Thibault Quartier)

Syndicat GE : « Il nous faut imaginer un avenir sans General Electric»

Les mauvaises nouvelles s’enchaînent à General Electric et les syndicats tirent la sonnette d’alarme. Pour eux, il faut imaginer Belfort sans GE dès maintenant, pour reconstruire une industrie performante dans le domaine de l’énergie. Hélène Gonon, déléguée syndicale CFE-CGC (cadres), livre une analyse de la situation inquiétante pour la fin d'année 2018 . Au-delà de la présence du géant américain dans la Cité du Lion se pose la question de ses loyers au syndicat mixte belfortain (un engagement jusqu'en 2035 vient d'être signé) ou encore du retour sur investissement des travaux opérés par les collectivités locales pour aménager les routes.

« On ne doit plus lier notre avenir à celui de GE en attendant que le Titanic coule. » Le constat d’Hélène Gonon, délégué syndical CFE-CGC (cadres) à General Electric est amer. Car les crises s’enchaînent : mauvais résultats, vente de secteurs, plan social au niveau mondial. Belfort, notamment les sous-traitants, ressentent déjà ces soubresauts. Depuis le 20 juin, le groupe ne fait plus partie de la crème de la bourse américaine, une première depuis 1907. Résultat, on ne cache plus son pessimisme à Belfort. « On nous explique clairement que si la charge ne remonte pas, il y aura des licenciements ; et cette charge baisse. On arrive à un tournant, et à la minute où ils n’auront plus le parapluie des 1 000 emplois, on le paiera », prévient Hélène Gonon. Cet engagement devait être réalisé avant la fin 2018.

Des élus « irresponsables » 

« Il faut voir un avenir sans GE et ne pas voir une forme d’ancrage à long terme », poursuit la syndicaliste. Cinglante, Hélène Gonon témoigne surtout d’une véritable urgence, « pour ne pas perdre l’industrie mise en place, et surtout s'engager dans une alternative. Nous avons des équipes compétentes pour de beaux projets, comme le stockage d’énergie et tout ce qui gravite autour de la transition énergétique. On pourrait faire de superbes choses, mais il faut voir au-delà de GE ». Les recherches autour de la pile à hydrogène réalisées à l’UTBM pourraient également être une échappatoire pour une équipe de près de 4 000 personnes déjà installée et prête à travailler. Un appel citoyen, en quelque sorte, à une mobilisation des élus locaux et nationaux pour remettre tout cela sur de bons rails.

Cependant, les différentes promesses du groupe ont, pour Hélène Gonon, rendu aveugles des élus « naïfs ». Concernant le bail prolongé avec TanDem jusqu’en 2035 (location de 160 000 m² de locaux), pour un montant avoisinant les 100 millions d’euros, la responsable CFE-CGC ne se fait pas d'illusions  : « Ils ne paieront jamais. Ils sont en procès avec bien plus puissant que la mairie de Belfort. » La prise en charge par la collectivité d’une route, qui a déjà coûté plus de 740 000 €, permettant aux convois exceptionnels du groupe d’arriver jusqu’à Strasbourg ? « De l’irresponsabilité » de la part des élus : « Comment peut-on engager des fonds citoyens sans engagements clairs du groupe ? »

Un marché en baisse, mais toujours rentable

Après le cri d’alerte des sous-traitants, c’est donc autour des syndicats de tirer la sonnette d’alarme. « Nous sommes peu audibles et nous n’avons pas l’habitude de crier au loup. Les infos, nous les trions, les étudions. Mais là, on le voit arriver... », s’inquiète la représentante CFE-CGC. « Une usine au Portugal, rentable, a été fermée. Même pas vendue, fermée », explique Hélène Gonon, n'osant pas imaginer la même chose arriver à Belfort. Si la rentabilité du marché de l'énergie est tombé à hauteur de 8 % aujourd’hui, contre 20 % il y a quelques années, la déléguée syndicale assure que « c'est très bien en soi, mais pas suffisant pour les investisseurs ». Un marché qui pourrait donc en intéresser d'autres.
Après plusieurs tentatives de prise de contact répétées ce mercredi et ce jeudi, la direction de General Electric est restée sans réponses.

Le vent est en train de tourner et si les syndicats tentent de tirer la sonnette d’alarme, encore faut-il que quelqu’un soit là pour l’entendre. Et répondre.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.