Guillaume Legros, alias Saype, traçant l'esquisse de la fresque qu'il réalise sur le site du festival. Un cadeau d'anniversaire. Guillaume Legros, alias Saype, traçant l'esquisse de la fresque qu'il réalise sur le site du festival. Un cadeau d'anniversaire. (© My Aire Urbaine – Thibault Quartier)

Le cadeau de Saype aux Eurockéennes

L’artiste Guillaume Legros, alias Saype, a peint une fresque de 6 000 m2 dans les fossés de la citadelle de Belfort, au niveau de la porte de Brisach. Mais il n’en est pas resté là. Cet artiste du cru, biberonné aux Eurockéennes, a aussi fait un cadeau au festival qui célèbre en 2018 sa 30e édition. Une fresque, à proximité de la plage, a été façonnée pour rendre hommage au festival belfortain. Ouverture, ce jeudi soir, du festival.

17 h 30, mardi. Saype, totalement peinturluré et ruisselant de sueur, s’active sur le chantier des Eurockéennes. Il est presqu’à l’image d’un soldat d’élite maquillé pour se camoufler. Il est en mission commando avant l’ouverture des portes, ce jeudi, à 17 h. a casquette vissée sur le crâne, le short de bain et la tenue top less, il s’affaire surtout à finaliser l’esquisse de sa seconde fresque, dessinée sur le site des Eurockéennes. Son cadeau au festival.

Le Belfortain, qui a grandi à Errevet (Haute-Saône), connaît bien le secteur. Il a même une histoire intime avec les Eurockéennes. Il est né la même année que le festival, en 1989. Sa première édition, il l’a faite à 16 ans. Aujourd’hui, il compte une douzaine d’Eurocks au compteur. Et il a toujours déployé beaucoup d’énergies pour venir au festival. « Les Eurockéennes sont le rendez-vous incontournable de tous les potes, insiste Guillaume Legros. Surtout quand tu as quitté Belfort. Tu retrouves tous tes amis du collège ou du lycée. C’est un festival qui a un goût particulier. » Une parenthèse animée par les concerts, les before et les after chez les amis qui habitent à proximité.

Marquer le festival

Les fresques de land art de Saype dégagent un caractère poétique. Celui qui travaille le concept de l’ombre et de la lumière distille toujours des messages philosophiques. Il questionne notre quotidien. Nos pratiques. Tout en souhaitant resté accessible. Il interpelle tout à chacun. En témoigne la fresque de la porte de Brisach, autour du matérialisme. Aux Eurockéennes, le message est, de prime abord, plus simple. Il a représenté un Eurockéen, âgé d’une trentaine d’années. Tiens, tiens ! Mais, en y regardant de plus près, la poésie transpire toujours dans les traits façonnés par cet artiste. Le festivalier regarde vers la scène. Celle de la Plage. « C’est une scène mythique du festival », détaille Saype. Et on ne peut qu’acquiescer à cette analyse. Une virée dans la grande roue au coucher du soleil en admirant la fresque en contrebas ne devrait que confirmer cette opinion de l’artiste.

« Mon idée était surtout de m’inscrire dans le site, confie le local de l’étape. C’était un grand challenge, car ce n’est pas facile de travailler au milieu d’un chantier. » La réalisation de cette fresque était importante pour lui. Il voulait rendre hommage au festival. « Depuis ma rencontre avec Jean-Paul Roland (le directeur du festival, NDLR), je fais chier tout le monde pour la réaliser », sourit l’artiste. C’est son cadeau à un festival qui a marqué sa jeunesse. « La manière dont s’est fait ce projet me plait aussi, poursuit-il. C’était à l’occasion d’un vernissage à la galerie Cheloudiakoff. Jean-Paul Roland ne savait même pas que j’étais Belfortain quand il m’a parlé de cette idée. » Au final, la symbolique est belle. La figure du land art – un mouvement artistique qu’a façonné Saype avec ses fresques monumentales – revient sur ses terres pour présenter sont travail. Et en faire profiter ceux qui l'ont soutenu.

Comme le festival, une parenthèse au cadre bucolique et singulier, le travail de Saype est éphémère. Les deux font la paire. Et pourtant, tout éphémères qu’ils sont, ils marquent les esprits. S’inscrivent dans les mémoires. Saype a ainsi associé son nom et son art à cette édition particulière des Eurockéennes. Il a laissé son empreinte. Porte de Brisach, sur les remparts, des panneaux d’information relate même sa performance et la perpétue auprès des promeneurs, même si les dessins s'estompent progressivement. Œuvre éphémère. Mais œuvre gravé dans les murs.

L’influence du prof de philo du Courbet

On aime toujours comprendre d’où vient l’inspiration des artistes. Se questionner sur leurs modèles, leurs influences. Saype ne s’identifie pas à des artistes. Par contre, un nom revient en boucle dans sa bouche. Celui de son professeur de philosophie en Terminale, au lycée Gustave-Courbet de Belfort, Aurélien Aramini. « Quand tu rentrais dans sa classe, tu ne pouvais qu’être passionné par la philosophie », se souvient Guillaume Legros. Bac en poche, il a filé en école d’infirmier. Mais il a continué à lire de la philosophie. Des lectures qui ont façonné les messages qu’il transmet dans ses œuvres. Lors de sa première exposition à Belfort, son professeur est venu au vernissage. Saype lui a dit : « Tu as changé ma life. » Le message est beau pour tous les enseignants qui mettent un point final à l’année scolaire ce vendredi soir. Depuis, Aurélien Arimini l’a même aidé à écrire son livre présentant son travail. Bel hommage de l'enseignant, comme cette fresque de Saype réalisée pour les Eurockéennes, mesurant 25 x 50 mètres et installée entre la scène de la Plage et la grande roue. Elle est à découvrir ce soir à l’ouverture des Eurockéennes ou sur les réseaux sociaux.

 

Thibault Quartier

Une clé anglaise de l'information, capable d'écrire autant sur le marché des Leds en aquariophilie que sur celui des huîtres ou des poules en zones périurbaines ! Un sujet vous paraît abscons, il se fera un plaisir de l'expliquer.