Christian Proust, ancien président MRC du conseil général du Territoire de Belfort, créateur des Eurockéennes. Christian Proust, ancien président MRC du conseil général du Territoire de Belfort, créateur des Eurockéennes. (DR)

Christian Proust : « Les Eurockéennes sont installées dans l’esprit des gens »

Christian Proust, en qualité de président du conseil général, est le créateur des Eurockéennes. Il revient sur la genèse du projet, les transformations du milieu culturel ou encore sur l'élection de Matthieu Pigasse comme président, en 2015. Son recul l'invite à être confiant dans l'avenir du festival.

1988 est une année singulière dans le Territoire de Belfort. La cité du Lion accueille, à l’occasion du tournoi de la coupe du monde d’échecs, les plus prestigieux noms de la discipline, dont Anatoli Karpov et Garri Kasparov. Le premier nommé réalise ce qui deviendra le Coup de Belfort, effectuant une défense inhabituelle et remportant ainsi sa seule victoire face à Garri Kasparov.

Un autre coup de maître s’est joué à l’automne 1988. Il résonne toujours 30 ans après. Ce coup, c’est une délibération du conseil général, alors présidé par Christian Proust (MRC), qui lançait le projet d’un festival, appelé alors festival du Ballon. Sa première édition s’est tenue en juin 1989. « Cela faisait quelques années que je réfléchissais à un projet en direction de la jeunesse », se souvient Christian Proust, au bord de l’étang de la Véronne, alors que les basses de la Grande Scène parviennent jusqu’à nous. La volonté était de traduire autrement le discours politique. De montrer ce que pouvait faire l’action publique. Deuxième objectif, disposer d’un nouvel argument de communication pour le Territoire de Belfort. Position militaire stratégique, installée entre Vosges et Jura, la trouée de Belfort a toujours eu du mal à jouer de sa superbe ! Un festival devenait alors une belle carte de visite. Une griffe estampillée Territoire de Belfort. « L’idée initiale était de faire un festival au ballon d’Alsace », rappelle Christian Proust. Il y avait une symbolique internationale. Un lien entre la France, l’Allemagne et la Suisse. L’image était forte. On aurait pu en effet imaginer des échos du festival au Belchen, plus haut sommet de la Forêt-Noire, et au Bölchenfluh, un sommet du Jura suisse. Des sommets liés par la course du soleil, notamment aux solstices et aux équinoxes. Ce jeu a trois pays n’a pas eu lieu. Mais la notion européenne est inscrite dans ce nom dévoilé à l’occasion de l’édition de 1990 : les Eurockéennes de Belfort. Rock et Europe font alors bon ménage.

Une progression très rapide du festival

Le festival ne s’est jamais tenu au sommet du ballon d’Alsace. Quelques mois avant la première édition, devant notamment la pression des écologistes alsaciens, le festival descend de quelques centaines de mètres d’altitude et s’installe à la presqu’île du Malsaucy, son écrin depuis 30 éditions. « Le Malsaucy est alors apparu comme un compromis », remarque, avec un sourire, Christian Proust. Il est certain que si cela avait été la première proposition, l’idée n’aurait pas séduit !

La première édition, qui rassemble 10 000 personnes, est un échec financier. Les billets de vente sont même arrivés dans les points de vente après l’organisation du festival… Mais la réussite populaire de l’événement est tout de suite au rendez-vous. Le président a donc reconduit l’initiative, s’arrangeant pour ne pas trop parler du déficit… En 1990, le festival accueille 20 000 spectateurs et en 1991, il atteint déjà la barre des 60 000 festivaliers. Une augmentation de 500 % en 2 ans, la croissance fait rêver ! « Les Eurockéennes ont connu une progression énorme et très rapide, relève-t-il, justifiant ainsi son choix politique. En trois ans, il est devenu l’un des festivals les plus importants de France, devant le Printemps de Bourges et les Francofolies. » L’image de marque du Territoire de Belfort s’installe dans le paysage.

« Matthieu Pigasse a une capacité à peser »

Depuis 20 ans, le milieu des festivals se transforme. Il est de plus en plus concurrentiel. De plus en plus industrialisé. « Pour durer, il fallait qu’il y ait des professionnels. Le rock n’est pas le cœur de métier du conseil général, sourit Christian Proust. Je suis, qui plus est, très nul en rock. Je n’ai pas créé ce festival pour moi, étant plutôt adepte des opéras. » C’est ainsi qu’est née l’association Territoire de Musique, dont il est toujours membre du conseil d’administration. « Au fur et à mesure, le festival a donc pris progressivement son autonomie », acquiesce le premier président de l’association, qui a toujours guidé le choix du président des Eurockéennes. Sans surprise, il a même fortement orienté l’arrivée de Matthieu Pigasse, en 2015, alors que le Département passait pour la première fois à droite. Une manœuvre politique ? « Matthieu Pigasse est là pour des raisons positives, rétorque Christian Proust. C’est quelqu’un qui a beaucoup d’entregents, ce qui est important lorsque l’on observe les évolutions des festivals, avec l’augmentation des cachets ou la baisse des subventions. On sait que c’est de plus en plus difficile. Matthieu Pigasse a une bonne connaissance du milieu. Il pouvait apporter aux Eurockéennes et au Territoire de Belfort. » C’est aussi une voix importante à Paris, pour le Territoire de Belfort, ce qu’était à une époque Jean-Pierre Chevènement. « Matthieu Pigasse a une capacité à peser, insiste Christian Proust. Son arrivée n’a donc pas été orientée contre la nouvelle majorité départementale. »

Confiant pour l’avenir

Malgré un contexte délicat, des budgets de plus en plus serrés et contraints par un effet ciseau lié principalement à la baisse des subventions, à l’augmentation des cachets et à l’augmentation des dépenses de sécurité, l’ancien président du conseil général est confiant. « On a toujours orienté le festival vers la création, souligne Christian Proust. On a besoin de vedettes, mais on ne peut pas se permettre d’avoir le top 5 ou le top 10 des tournées. On ne travaille pas avec des gens installés. On travaille avec les futurs, ceux qui seront une star plus tard. » Il est certain que les exemples sont légion de grands noms venus initialement sur la scène de la Plage ou de la Loggia, puis qui ont terminé quelques années plus tard sur la Grande Scène. C’est l’identité du festival. « Et cela permet aux Eurockéennes de résister. » L’avenir n’inquiète donc pas son créateur : « Les Eurockéennes sont installées dans l’esprit des gens. Beaucoup achètent leur billet et viennent sans connaître la programmation. » Il ne reste qu’à attendre de voir si le festival soufflera ses 30 bougies en 2019.

Thibault Quartier

Une clé anglaise de l'information, capable d'écrire autant sur le marché des Leds en aquariophilie que sur celui des huîtres ou des poules en zones périurbaines ! Un sujet vous paraît abscons, il se fera un plaisir de l'expliquer.