Alexandre Farque s'attend à un hiver compliqué dans son exploitation à Felon. Alexandre Farque s'attend à un hiver compliqué dans son exploitation à Felon. (© My Aire Urbaine - Simon Vermot Desroches)

Envolée des prix, spéculation: la sécheresse met l’agriculture de l'Aire urbaine en difficulté

La sécheresse affecte durement les agriculteurs du nord Franche-Comté. Récolte et production n’ont pas été au niveau et une pénurie de fourrage est attendue au cours de l’hiver provoquant une hausse des prix du foin et de la paille.

Le manque de fourrage devrait coûter cher aux agriculteurs du Territoire de Belfort et du Doubs cet hiver. « En temps normal, la grande majorité des agriculteurs sont autonomes pour nourrir leurs bêtes. Cette année, avec la sécheresse, il y aura des manques très rapidement », explique Christian Morel, vice-président à la chambre interdépartementale d’agriculture du Doubs et Territoire de Belfort.

À Felon, dans le nord du Territoire de Belfort, Alexandre Farque, éleveur de 90 vaches laitières et 4 100 poules pondeuses, et président du syndicat des jeunes agriculteurs du département fait le même constat : « La première récolte de fourrage a été bonne en termes de volume, mais absolument pas en termes de qualité. La seconde, en juillet, a été catastrophique et il n’y en aura pas de troisième fin septembre. » Du côté des cultures, le maïs et le soja ont particulièrement été touchés. De faible quantité et de faible qualité nutritive, ce qui ne fait qu’ajouter aux difficultés des éleveurs.

Un climat économique peu clément

Un manque de plusieurs milliers de tonnes pour les deux départements est à craindre. Loi du marché oblige, les prix du foin et de la paille s’envolent. De 80 à 90 euros en temps normal, la tonne de paille se négocie actuellement à 130 euros. Pour le foin, on passe de 150 à 200 euros la tonne. Si les agriculteurs s’attendent à des aides de l’État, « ce ne sera jamais assez, déplore Alexandre Farque. Et on ajoute à cela d'autres facteurs qui ne nous arrangent pas : comme il y a un manque, les éleveurs vendent leur bétail et le prix de la viande s’effondre. Les bêtes, avec la chaleur, n’ont pas leur rendement habituel et pourtant le prix du lait ne bouge pas. »  Christian Morel, de la chambre d’agriculture, assure même que ceux qui ont réalisé de bonnes récoltes les gardent en réserve et attendent une nouvelle montée des prix. « On a expliqué aux collectivités que ça ne servait à rien de faire ces aides dès maintenant, car à la minute où on va les recevoir, les prix vont s’envoler ! » déplore-t-il.

Les cahiers des charges des AOP modifiés

On essaye donc de calmer les ardeurs du côté de la chambre d'agriculture et de répondre rationnellement à la panique : « Si tout le monde se rue sur les fourrages maintenant, les prix flamberont. Nous devons rester rationnels. » Seul espoir aujourd’hui pour les agriculteurs : un automne clément, qui permettrait aux bêtes de rester en pâturage. « Il nous faudrait cette météo jusqu’à Noël », explique le jeune agriculteur du nord du Territoire. Cette pénurie affecte également des produits phares de la région : ses fromages. Le comté doit en effet être fait à partir de lait de vache nourri avec un fourrage « venant des régions de production », selon les cahiers des charges de l’appellation d’origine contrôlée. Même chose pour le morbier. Ces cahiers des charges ont donc été adaptés, afin de permettre une production malgré ce manque de nourriture pour les vaches laitières. « Ça fait plusieurs étés que c'est comme cela et ce n'est que le début. Cette année, j'ai essayé une culture qui pousse lorsque le temps est très sec, mais il n'y a pas d'eau dans les sols et rien ne pousse », conclut Alexander Farque.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.