Stéphane Thabussot, délégué FO pénitentiaire, explique les conditions d'exercice de son métier..  Stéphane Thabussot, délégué FO pénitentiaire, explique les conditions d'exercice de son métier.. (My Aire Urbaine - Simon Vermot Desroches)

Stéphane Thabussot : "L’administration pénitentiaire est la dernière roue du carosse"

Surpopulation carcérale. Suite de notre série sur la surpopulation carcérale dans les maisons d'arrêt de l'Aire urbaine. Dans ce second épisode, rencontre avec le délégué régional de Franche-Comté pour Force ouvrière, Stéphane Thabussot. Il travaille dans le milieu pénitentiaire depuis 26 ans. Mis en avant par des agressions ou des évasions spectaculaires, le métier de surveillant devient de plus en plus compliqué, par manque d’effectifs, de reconnaissance et de moyens.

My Aire Urbaine – Est-ce que le personnel pénitencier est sujet à des agressions dans les maisons d’arrêt du nord Franche-Comté ?

Stéphane Thabussot – Je ne vais pas vous dire que ça n’arrive pas. On est, dans notre secteur géographique, relativement épargné quand on compare à des centres parisiens ou du sud de la France. Mais cela arrive. Sans avoir la peur au ventre avant d’aller au travail, nous savons que nous ne sommes jamais à l’abri. Il ne suffit pas de grand-chose, une mauvaise nuit, une mauvaise nouvelle apprise par la famille... Tout peut très vite dégénérer. Nos maisons d’arrêt locales sont des lieux où le personnel finit sa carrière, en général. Cela permet aussi d’avoir des gens d’expérience qui ont une certaine maîtrise de la gestion des personnes détenues. Donc, en général, cela se passe plutôt bien. Le feeling est plutôt bon et au fil du temps, on voit souvent les mêmes têtes, on les connaît et ils nous connaissent.

MAU – Voir les mêmes têtes, cela vous surprend ?

ST – Au bout de 26 ans dans ce monde, je ne suis plus surpris de ce que je vois. Au début, on cherche à comprendre, mais à partir d’un certain point... Le fait de venir régulièrement en prison, c’est intégré à leur mode de vie. Alors est-ce lié à leur vie extérieure, au manque de travail... Je ne sais pas.

MAU – Le métier de surveillant est-il attractif ?

ST – Ce n’est pas un métier connu, ni un métier attractif. C’est un métier de valeurs très intéressant. Pour les derniers concours, il y a de grosses difficultés à recruter dans le monde pénitencier. Quelqu’un qui sort de l’école va toucher 1 455 euros et ils sont surtout dans des grandes prisons de la région parisienne. Je ne vous fais pas un dessin pour la difficulté de trouver un logement à Paris avec 1 455 euros par mois. En plus, ces centres sont des usines. C’est là où il y a le plus d’agressions envers le personnel. Ils ont été mal construits et mal pensés. Et ils sont beaucoup trop gros. C’est comme la surpopulation carcérale, les chiffres des agressions ont explosé. Et on s’étonne d’avoir des difficultés à recruter ?

MAU – La formation est-elle suffisante ?

ST – Une formation de surveillant pénitencier durait 8 ou 9 mois il y a quelques années. Elles sont aujourd’hui de 6 mois. Il faut recruter, que ça aille vite, alors on fait l’impasse sur pas mal de choses. Et après ça, c’est direction le grand bain. Nous ne sommes absolument pas formés à gérer des détenus avec des difficultés psychiatriques par exemple et nous y sommes de plus en plus confrontés. C’est tout un ensemble et il y a besoin d’une très grosse réforme du système. Actuellement, on touche des petites choses de temps en temps. Ça ne peut pas fonctionner. Notre métier, il faut qu’il soit intéressant au niveau indemnitaire, statutaire, qu’il y ait de la sécurité pour ne pas arriver avec la boule au ventre sur notre lieu de travail.

MAU – Face à la surpopulation carcérale, les effectifs évoluent-ils ?

ST – Le nombre de surveillants reste le même et avec une surpopulation, les conditions de travail et l’ambiance ne sont pas du tout les mêmes ! Cela crée des difficultés partout parce qu’il y a des manques de personnel dans tous les services. Du courrier au parloir en passant par l’infirmerie, tout est plus compliqué ! Quand on est fait pour fonctionner à 50 et qu’on arrive à 85 détenus, on double le travail ! Dans certains établissements, les heures supplémentaires explosent. On accumule du retard et on fait les choses différemment. Un travail de réinsertion par de petites discussions, par exemple... Mais ouvrir la porte et discuter 5 minutes quand il y a une surpopulation carcérale, on n’a plus le temps de la faire.

MAU – Quel impact cette surpopulation a-t-elle sur les détenus ?

ST – Cela crée des conflits, entre eux, par la promiscuité. Quand vous êtes à trois dans une cellule qui fait 9m², même s’ils ont des activités qui leur permettent de ne pas passer la journée dans la cellule, ils y passent la moitié de la journée, dont la nuit. Quand vous avez mis les deux lits à étages, le matelas au sol, les toilettes, le frigo, il ne reste plus grand-chose comme place dans la cellule. Cette promiscuité et ces difficultés, elles se projettent sur le personnel surveillant, automatiquement. On a le devoir et l’obligation de nous occuper de ceux que les tribunaux nous confient. L’administration pénitentiaire est la dernière roue du carrosse, celle qui a le moins de moyens et l’une de celle qui a le plus d’obligations. Notre travail, c’est juste de faire avec.

 

 

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.