La maison d'arrêt de Lure avant sa destruction en 2016. La maison d'arrêt de Lure avant sa destruction en 2016. (Google View)

Le projet de la prison de Lure mis au placard

Surpopulation carcérale. Suite de notre série sur la surpopulation carcérale dans les maisons d'arrêt de l'Aire urbaine. Troisième et dernier épisode avec la prison de Lure. Sa construction, dont le projet était très avancé et une promesse du gouvernement précédent, ne sera pas réalisée. Une difficulté de plus pour les maisons d’arrêt nord franc-comtoises, déjà surchargées, et qui interpelle sur les directions prises par les politiques successives.

Il n’y aura pas de nouvelle maison d’arrêt à Lure ! Alors que le plan final d’organisation pénitentiaire devrait être présenté prochainement, cette information a été révélée par plusieurs élus locaux. En 2014, la prison de Lure et ses 73 places, ferme. En cause, l’apparition de fissures dans le bâtiment principal qui ne permettait plus de garantir la sécurité ni des détenus ni du personnel pénitentiaire. Alors que le précédent gouvernement avait promis la construction de ce nouveau centre pénitentiaire, tout se chamboule à l’arrivée d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Il fait passer déjà sa promesse de campagne de création de places de 15 000 à 7 000 et, sans remettre en cause le projet de prison de Lure, celui-ci est alors loin d’être assuré. « J’aurais souhaité une continuité dans la politique de l’État, surtout qu’il a déjà investi des fonds publics dans des études de flore, de faune, en eau et assainissement », regrettait le maire de Lure, avant même que le dossier ne soit définitivement abandonné.

Du temps et de l’argent

Quelques semaines avant ce refus, Christophe Lejeune, député LREM de Haute-Saône affirmait, non sans crainte, avoir un avantage : ses études préalables. « Aujourd'hui, le projet de nouvel établissement est abandonné au motif que la future politique pénale, en cours d’examen au Parlement, sera tellement efficace qu'elle effacera demain le besoin de 8 000 places supplémentaires exprimé depuis de nombreuses années, tel un coup de baguette magique », explique Michel Raison, sénateur LR de Haute-Saône. Pour augmenter les chances de création de ce centre pénitencier, le député avait proposé de réorienter le projet initial en y ajoutant un secteur psychiatrique : « Nous avons de superbes structures dans la région concernant le traitement de maladies psychiques, des moyens humains, nous devons nous en servir pour créer une maison d’arrêt en pointe concernant la réinsertion. » De son côté, Christophe Lejeune n’a pas souhaité s’exprimer après l’annulation de la construction.

Le personnel attaché à ces structures locales

La fermeture avait à l’époque participé à augmenter la population carcérale dans les maisons d’arrêt du nord Franche-Comté, notamment à Belfort, Vesoul et Montbéliard. Du coté des syndicats, Stéphane Thabussot, représentant de Force ouvrière pénitentiaire dans toute la Franche-Comté rappelle aussi l’importance de ces petits centres : « Tout le monde est un peu plus loin de sa famille. Les surveillants sont attachés à ces petits édifices locaux où ils finiront leur carrière. » Et ce bien-être se retrouve également chez les détenus. « Ils se comportent souvent bien, car ils ont peur d’être transférés dans un centre plus éloigné de leur famille », poursuit-il. Une proximité qu’il oppose aux « usines », les centres pénitentiaires qui accueillent des centaines de détenus. « L’usine », serait-ce donc le futur des centres pénitentiaires en France ?

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.