Avec le festival Be bop or be dead, le jazz s'installe dans l'Aire urbaine. Avec le festival Be bop or be dead, le jazz s'installe dans l'Aire urbaine. (DR)

Avec Be bop or be dead, le jazz s’installe à Belfort

La 4e édition du festival Be bop or be dead est programmée du 15 au 17 novembre. La démarche se veut fraîche, surprenante et créatrice. Le festival est une ode à la curiosité. Et les institutions culturelles de l’Aire urbaine ont bien ciblé cette chance.

Be bop or be dead. Une sacrée référence. Le nom d’un album, celui d’Umar Bin Hassan, produit par Bill Laswell en 1993. « Ce projet est la réunion de plein de gens talentueux qui ont fait l’histoire de la musique, chacun de leurs côtés, dans le free jazz, le rap, le funk ou encore l’électro, détaille François Lanneau, fondateur et coordinateur du festival belfortain Be bop or be dead. Avec cet album, ils se réunissent pour faire quelque chose de singulier. » Ces rencontres impromptues, c’est l’essence même du jazz : mélanger pour créer. « Plus qu’une musique, le jazz est une démarche », note François Lanneau, qui invite à ne pas trop expliquer ce qu’est ce style… À trop codifier, on limite la liberté ! Le puriste ne veut donc pas s’y résoudre… et ne peut pas. « Un seul mot pour décrire le jazz, c’est impossible pour moi », sourit François Lanneau. Mais définir, est-ce vraiment le but ? Se laisser surprendre et se laisser chatouiller les oreilles en poussant les portes d’une salle sombre ne serait-il pas plus stimulant ? Car si le jazz paraît élitiste sur le papier, cette musique incarne surtout des valeurs de curiosité et de spontanéité. « La prise de risque est le propre de l’improvisation. On crée par rapport aux autres, glisse le mélomane. On invite les gens à se laisser emporter. »

Rencontres

La programmation de cette 4e édition s’inscrit dans cette philosophie : des artistes très différents, la réunion improbable et incroyable de talents. Pensons à l’association du clarinettiste Yom et du titulaire du grand orgue de l’église Saint-Eustache de Paris, Baptiste-Florian Marle-Ouvrard, à la cathédrale Saint-Christophe le vendredi 16 novembre. Leur performance, Crépuscule, a déjà été jouée au Philarmonie. Pensons aussi à la rencontre entre le batteur-percussionniste Thomas Ballarini et le MC-poète Mike Ladd. Que dire également de l’association de Teyssot-Gay, ancien guitariste de Noir Désir, et du rappeur Namour (La Canaille), qui vont s’attaquer à l’œuvre d’Aimé Césaire avec le batteur Bilbeaud. La musique doit servir le texte. Ou vice-versa. Le mélange des genres et la rencontre sont dans les gènes de cette musique. « Le jazz a 50 ans de plus que le rock. Il a donc 50 ans de plus de métissages, explique François Lanneau. Le jazz est un laboratoire de la musique. » Sur cette édition, le mélomane a repris cette part de risque. « J’ai curieusement invité des artistes dont je venais de découvrir les projets. Je me suis laissé surprendre », relève-t-il. Régulièrement, il fouille les réseaux sociaux et suit les blogs pour dénicher les nouvelles pépites. Comme le saxophoniste James Brandon Lewis, qui fera résonner la galerie Cheloudiakoff le jeudi 15 novembre.

Des pointures

Cette exigence et la qualité du plateau ne sont pas une nouveauté pour Be bop or be dead. Cela fait quatre que cela dure. En 2015, l’artiste Christian Scott remplissait La Cigale à Paris deux jours avant de venir à Belfort, où 150 personnes sont venues le voir. Cette année, la trompettiste Jaimie Branch a déjà mis tout le monde d’accord dans le temple parisien du jazz, le New morning, le 6 novembre. Elle est même considérée comme la plus grande révélation du dernier Winter Jazzfest de New York… Alors que New York se l’arrache, Belfort est l’une des seules dates françaises de l’artiste. Autre exemple : Thomas Ballarini s’est produit le 7 novembre en Allemagne avec le mythique saxophoniste Archie Shepp, qui a beaucoup collaboré avec John Coltrane… Rien que ça ! Côté qualité, on ne devrait donc pas être déçu et l’Aire urbaine est même plutôt vernie. Les acteurs culturels de l’Aire urbaine l’ont bien compris. Des acteurs co-produisent quelques dates de ce festival de jazz prescripteur, qui s’installe dans le territoire. « J’ai vendu des CDs aux Belfortains pendant 10 ans, sourit, pour conclure, François Lanneau. À chaque fois que j’ai eu quelques minutes, j’ai remarqué que quand tu invites à la découverte, quand tu crées des passerelles, les gens sont réceptifs et friands d’originalité. » Mélomanes, amateurs ou curieux, tout le monde peut se rencontrer autour du jazz. C’est bien le projet de ce festival. À bon entendeur…

Be bop or be dead, du 15 au 17 novembre. Programmation complète sur le site du festival, ainsi que la billetterie.

Rendre plus visible le jazz

« On a repris des choses qui existaient », relève, modeste, Jean-Paul Roland, le directeur des Eurockéennes et de La Poudrière à Belfort. Depuis la première édition du festival, la salle voûtée de la cité du Lion accueille en effet des dates de Be bop or be dead. Dorénavant, elle co-produit un concert, avec la société en participation (SEP) qu’elle a avec Le Moloco. Cette année, ce sera le concert de Jaimie Branch, le vendredi 16 novembre. « Ce qui nous intéresse, c’est d’aider à la structuration de ce genre d’événement », explique le boss des Eurocks, qui aime « la vision moderne du jazz » et « l’énergie » proposées par François Lanneau. On sent la volonté d’accompagner le projet dans l’avenir, dans une logique de territoire. La SEP a en effet dégagé des financements pour rendre plus visible le réseau jazz de l’Aire urbaine. « L’idée est de partager les dates de concert jazz à Delle, Montbéliard, Belfort ou ailleurs, ou encore les jours d’inscription à un cours », détaille Jean-Paul Roland. Un outil devrait voir le jour dans les prochains mois pour y répondre. Évidemment, Be bop or be dead s’inscrit dans cette vision. « Quand on sent cette énergie, on a envie d’aider », conclut Jean-Paul Roland.

Thibault Quartier

Une clé anglaise de l'information, capable d'écrire autant sur le marché des Leds en aquariophilie que sur celui des huîtres ou des poules en zones périurbaines ! Un sujet vous paraît abscons, il se fera un plaisir de l'expliquer.