Le mouvement des Gilets jaunes devrait être suivi dans l'Aire urbaine. Dix manifestations sont répertoriées. Le mouvement des Gilets jaunes devrait être suivi dans l'Aire urbaine. Dix manifestations sont répertoriées. (©My Aire Urbaine – Thibault Quartier)

Les Gilets jaunes modifient les codes des manifestations [carte interactive]

Revendications multiples. Caisse de résonance des réseaux sociaux. Manifestations dispersées. Entre fermeté, pédagogie et respect du droit à manifester, l’État appréhende ces nouvelles formes de mobilisation. Dix sont attendues samedi dans l’Aire urbaine, avec un trafic très perturbé sur l’A 36.

Dans l’Aire urbaine, huit déclarations de manifestations étaient parvenues à la préfecture du Territoire de Belfort le mercredi 14 novembre au soir et deux à celle du Doubs, pour le secteur de Montbéliard (voir carte interactive des rassemblements). L’un des rassemblements, au départ de l’Axone à 7 h samedi, sera une opération escargot en direction du péage Saint-Maurice, sur l’A 36, avant de bloquer le site. Un autre partira de la base nautique de Brognard en direction du péage de Fontaine, avec la mise en place d’une opération gratuité. L’ampleur réelle de la mobilisation questionne toujours. Y aura-t-il ou non des manifestations non déclarées ? Combien de personnes mobiliseront les manifestations déclarées ? Entre intentions et passages à l’acte, il peut y avoir un fossé. Autant d’inconnues que les services de l’État et les forces de l’ordre doivent apprécier.

« La déclaration est une obligation, rappelle déjà Sophie Élizéon, la préfète du Territoire de Belfort, même si manifester est un droit. » L’objectif est de garantir la sécurité des manifestants et des autres usagers de la route. « L’autoroute n’est pas un endroit pour manifester, insiste de son côté la préfecture du Doubs dans un communiqué. Tout rassemblement sur autoroute ou à un péage ouvert à la circulation engendre de gros risques d’accident. L’autoroute n’est pas faite pour les piétons. La circulation à pied y est toujours très dangereuse. »

Informer les organisateurs

Réglementairement, la déclaration doit être faite trois jours avant la manifestation (mercredi 14 novembre au plus tard, NDLR). « Mais si elle est faite ce jeudi, elle sera reçue avec bienveillance », relève la préfète. Entre les lignes, elle sera étudiée. Interdite ? « Nous ne sommes pas là pour interdire, rétorque-t-elle. Il ne faudrait pas que mon comportement de préfète soit contre-productif. » Par contre, poursuit la préfète, le risque de trouble à l’ordre public peut justifier une interdiction ou la dispersion d’une manifestation samedi. Selon nos informations, mercredi soir, l’ensemble des dossiers du secteur était encore en cours d’instruction.

« La police et la gendarmerie ont pour mission que cela se passe bien, poursuit la préfète, car il y a un droit à respecter. » Ce discours semble plus souple que celui prononcé mardi par Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. Une fermeté conservée par la préfecture du Doubs, qui a rappelé les peines encourues en cas de non-respect de la loi*. « Il y a des différences entre les territoires, répond Sophie Élizéon. Et les mesures sont adaptées à la mobilisation du territoire et à ses spécificités. » Le discours se veut bienveillant : « Puisque ce sont souvent des organisateurs novices, cela nous demande d’être encore plus vigilants. » Elle demande également aux organisateurs « d’écouter les conseils et les orientations avant la manifestation, mais aussi le jour J ».

Des mouvements pluriels

Les Gilets jaunes mettent en avant les nouvelles formes de mobilisation, relayées amplement par les réseaux sociaux. Des mouvements capables de mobiliser en très peu de temps et de rendre visible des intentions qui ne l’étaient pas auparavant. Des mouvements qui agglutinent aussi des revendications individuelles. Face à cette réalité, l’État doit s’adapter et expliquer. « La déclaration n’est pas faite pour sanctionner, mais pour repérer la chaîne de décision », rappelle Sophie Élizéon. Déclarer, c’est aussi protéger l’organisateur en cas d’incidents extérieurs. Si problème il y a, une enquête sera forcément diligentée pour trouver les responsables de l'incident. De même, en cas de débordement dans une manifestation non déclarée, « nous serons moins en mesure de les aider et d’apporter un soutien », remarque la préfète, qui alerte sur la possibilité que des personnes mal attentionnées s’insèrent dans les cortèges. Et de conclure, prévenante : « Il n’y a pas d’interdiction de manifester son mécontentement. » Juste de l’encadrer.

* Les peines encourues : six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende pour non déclaration d’une manifestation ou déclaration incomplète ; deux ans d’emprisonnement et 4 500 euros d’amende pour délit d’entrave ; ou encore 1 500 euros d’amende en cas de dissimulation de son visage. Le délit d’entrave peut aussi entraîner un retrait du permis de conduire.

Media

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.