Quasiment 1 000 manifestants ont été recencés par la préfecture samedi midi. Quasiment 1 000 manifestants ont été recencés par la préfecture samedi midi. (©My Aire Urbaine – Thibault Quartier)

Le cri d’alarme de ces gens nommés Gilets jaunes [Photos]

Jeunes et moins jeunes. Hommes ou femmes. Actifs ou retraités. Privilégiés ou précaires. Novices ou rompus aux manifestations… Les profils de ceux que l’on appelle dorénavant les Gilets jaunes sont divers et variés. Mais unis par le mouvement. Reportage.

À l’entrée sud de Belfort, au niveau de la station Total Access, les Gilets jaunes interpellent les automobilistes… « Allez-vous aux impôts ? » demandent-ils sur le ton de la plaisanterie. La circulation est fortement ralentie. Mais les véhicules passent tranquillement. Juste à côté de Mathieu, une marmite de soupe aux champignons mijote. De l’autre côté de la ville, deux femmes dansent systématiquement à l’approche d’un camion. Les Gilets jaunes veulent montrer leur présence. Mais aussi garder le sourire. Parfois le ton monte avec des automobilistes, mais cela redescend relativement rapidement. Quelques-uns forcent quand même le passage, créant quelques peurs et un peu de tension. Mais la police veille aussi au grain pour prévenir ces conduites dangereuses. Voire rappellent à l’ordre les auteurs de ces comportements.

Ras-le-bol

Midi. La Marseillaise résonne au carrefour de l’Espérance, à côté de l’Atria. Tous les Gilets jaunes la chantent en chœur avant de respecter une minute de silence. Deux actes, fédérateurs, comme pour mieux exprimer leur unité. Plus loin, un manifestant interpelle les journalistes : « Arrêtez de dire que notre mouvement n’est que contre le prix de l’essence ! » À les écouter, l’un après l’autre, ces revendications sont en effet multiples : coût du carburant, hausse des taxes, pouvoir d’achat… En listant ces revendications, on légitime aussi le discours et son mouvement. On le cadre vis-à-vis des autres. Les organisateurs l'ont bien saisi.

Entre les Gilets jaunes, les priorités sont pourtant différentes. Certains viennent contre les taxes qui augmentent. Beaucoup. D’autres s’arrêtent sur le marché du travail. La productivité. Les inégalités. Chacun est venu avec ses convictions. Avec des revendications individuelles ou bien des idéaux. Mais ils sont tous d’accord sur un point : le ras-le-bol !

« Pourquoi je me lève le matin ? »

« On en a marre. » Laetitia est mère de famille. Elle vient de perdre son emploi. Ce mouvement social, c’est son premier. Battre le pavé n’est pas dans ses habitudes. Elle éprouve son droit à manifester, alors que l’épuisement se lit sur son visage. « On survit plus qu’on ne vit, déplore-t-elle, tel un cri d’alarme. Que l’on arrête de nous prendre pour des vaches à lait. »

Virginie, elle, n’est pas une novice des mouvements sociaux. Elle a déjà manifesté son mécontentement contre le passage de 90 à 80 km/h et contre le nouveau contrôle technique. « En discutant avec des amis, on constatait tous ce ras-le-bol », raconte-t-elle. Elle a eu vent du rassemblement sur les réseaux sociaux et elle a décidé de s’y associer. « Ce n’est que le début, assure-t-elle. Il faut faire prendre conscience que nous en avons marre. Aujourd’hui, je travaille pour payer les factures. Pourquoi je me lève le matin ? » Novices ou non, ce samedi, ce ne sont que des citoyens qui manifestent. « Il n’y a pas d’étiquettes », insiste Rachel, qui use traditionnellement ses souliers dans des cortèges sous une bannière syndicale.

Nicole, 66 ans, discute autour du feu, au pied du monument des Fusillés. C’est sa première manifestation. « Avant, j’estimais que cela ne servait à rien de manifester », sourit-elle, curieuse des événements qui se déroulent. « Je n’ai plus de voiture, je prends le bus », confie cette Belfortaine, secrétaire à la retraite. Pourquoi est-elle là alors ? Son sentiment : ce que l’on donne d’un côté, on le reprend de l’autre. Réduction d’impôt ici. Augmentation des taxes là. Elle est donc venue par solidarité. « Le président doit voir l’ampleur de ce mouvement, qui rassemble toutes les catégories des Français », insiste celle qui apprécie les échanges partagés avec ses compagnons du jour.

« On dort ici »

Martine, 63 ans, c’est tout le contraire. Sa repartie est ciselée. Elle a roulé sa bosse sur le bitume. « En tant que bénévole, je rends visite à des personnes âgées. On voit de plus en plus de frigos vides, avec des aînés qui n’arrivent plus à suivre. » Elle veut rester positive, mais s’interroge sur le modèle de société à venir. Elle est là pour les jeunes. Alex ne dit pas autre chose. Il regrette notamment le recul des acquis sociaux. Il questionne l’utilisation de l’argent collecté à travers les taxes.  

La grogne n’est pas nouvelle. « Les gens attendaient juste la goutte d’eau », poursuit Alex. Ce fut le prix du carburant. Aujourd’hui, la bonne humeur est globale aux barrages filtrants. Mais les Gilets jaunes ne sont pas non plus prêts à partir. « On a tout ce qu’il faut pour dormir ici », sourient plusieurs manifestants. Pour continuer le mouvement et faire entendre ce cri d’alarme.

 

Thibault Quartier

Une clé anglaise de l'information, capable d'écrire autant sur le marché des Leds en aquariophilie que sur celui des huîtres ou des poules en zones périurbaines ! Un sujet vous paraît abscons, il se fera un plaisir de l'expliquer.