Océane Charret-Godard, vice présidente formation continue, dialogue social-territorial, orientation, mutations économiques à la Région Bourgogne-Franche-Comté. Océane Charret-Godard, vice présidente formation continue, dialogue social-territorial, orientation, mutations économiques à la Région Bourgogne-Franche-Comté. (©My Aire Urbaine – Thibault Quartier)

Océane Charret-Godard : « Imaginer d’autres manières de former »

L’un des éléments de la réforme de la formation, approuvée au mois de septembre, concerne la mise en place d’un plan régional d’investissement dans les compétences, signé entre la Région et l’État. L’occasion de faire le point sur les politiques de formation de la Région Bourgogne-Franche-Comté avec Océane Charret-Godard, vice-présidente en charge de ce dossier.

My Aire urbaine – Les Régions ont en charge la formation des demandeurs d’emploi. La réforme qui vient d’être adoptée donne-t-elle de nouveaux leviers* ?

Océane Charret-Godard – Financièrement, à travers le plan régional d’investissement dans les compétences (Pric), cela donne des moyens supplémentaires aux Régions. Mais à travers la réforme, il a aussi été décidé, sans consulter les Régions, de retirer des compétences, notamment l’apprentissage, confié aux branches professionnelles. La Région a quand même saisi cette opportunité de disposer de moyens supplémentaires (251 millions d’euros pour 2019-2022, NDLR), non pas pour former plus, mais pour former mieux. On veut réinterroger la manière de former. On fait émerger les initiatives des territoires. Il faut traiter les sujets d’emplois-formations en lien avec l’économie.

MAU – Avec la perte de cette compétence historique, remet-on en cause l’existence des centres de formation d’apprentis (CFA) ?

OCG – Évidemment. La Région avait un rôle de péréquation entre les plus petits CFA, les CFA interprofessionnels, les CFA installés en milieux ruraux. Elle était très attentive à ces logiques de territoire. Elle aidait plus ceux qui avaient moins. Dorénavant, ce n’est plus possible.

« Traiter les sujets emplois-formations en lien avec l’économie »

MAU – Est-ce que Pôle Emploi restera un donneur d’ordre dans les formations même si, avec cette réforme, on a le sentiment que les Régions ont un poids beaucoup plus important dans la définition, dans l’orientation ou dans l’accompagnement des formations ?

OCG – Pôle emploi est un partenaire fort, au même titre que les organismes de formation. Je n’ai pas pour habitude de parler de prestataire. On est des partenaires, on travaille ensemble. C’est vrai, qu’au moment de la fusion des deux Régions et du Plan 500 000 formations, la Région a fait le choix de confier beaucoup de formations à Pole emploi. Aujourd’hui, la Région a clairement reconsidéré ses choix politiques de porter cet enjeu autour des formations, de l’emploi et des compétences, et notamment à destination des publics les plus éloignés.

MAU – Les Régions ont la compétence formation. Les Départements, la compétence insertion. N’est-ce pas contre-productif ?

OCG – L’essentiel est de travailler ensemble. C’est pour cela que l’on parlait du 20 décembre, une journée de restitution des groupes de travail du plan régional d’investissement des compétences. Je vais rencontrer prochainement l’ensemble des Départements pour les intégrer à la démarche.

MAU – Vous avez rappelé au cours de votre intervention le caractère politique de votre fonction. Comment travaille-t-on avec des Départements qui n’ont pas la même logique vis-à-vis de la formation et de l’insertion ?

OCG – Je vous le dirai quand j’aurai échangé avec eux. Maintenant, je ne veux pas être dogmatique. Quand il y a un demandeur d’emploi sur 2 qui a plus de douze mois de chômage, je n’ai pas envie que l’on soit dans des postures politiques. Avec ces nouvelles opportunités financières, mon objectif est de remettre le pied à l’étrier les femmes et les hommes les plus éloignés de l’emploi et les moins formés. On doit être des partenaires.

MAU – 60 % des métiers qui embaucheront en 2030 n’existent pas. Quelles thématiques la Région va-t-elle encourager ?

OCG – Je reviens au principe de la méthode. La Région, elle impulse, elle donne un cadre, une méthode et elle met des moyens. Ensuite, on ne se substitue ni aux branches, ni aux organismes de formation, ni aux acteurs dans les territoires. Comment les acteurs socio-économiques se projettent et quels sont leurs besoins en compétences pour l’avenir ? C’est en ayant cette logique d’écosystème dans les territoires que l’on va pouvoir répondre et avoir une structure fine.

MAU – Depuis la mise en place de la loi NOTRe, les Régions ont la compétence économique. Elles peuvent donc impulser des changements dans les territoires, autour de la transition énergétique, la transition numérique… Comment peut-elle être prescriptrice ?

ACG – Je ne conçois pas la Région comme étant décisionnaire ou faisant du descendant (elle fait le mouvement). La question, c’est de savoir comment la Région crée le mouvement, impulse une volonté et va chercher les énergies des territoires. On ne fait pas ce que le gouvernement fait. On n’est pas dans un hold-up des territoires. Au contraire, on le fait avec les territoires.

« Évoluer vers des logiques de modules »

MAU – Vous insistez sur les capacités d’innovation des organismes de formation. Mais comment achète-t-on différemment de la formation ?

OCG – Dans le cadre d’un groupe de travail du Pric, on a justement réinterrogé la commande publique. Dans le BTP, on a par exemple souhaité que la commande publique se fasse sous forme de modules. On n’achète pas une formation complète, continue et rigide, mais on achète des blocs de compétences. On a poussé les organismes de formation à faire des propositions et à répondre aux marchés et aux appels d’offre avec cette logique de blocs de compétences. Parfois, les entreprises ont seulement besoin de personnes formées sur l’étanchéité parce qu’elles ont un chantier. Pour le public salarié, on leur permet d’avoir juste le module de compétences nécessaire pour répondre aux besoins. C’est un changement de paradigme. Tant pour la Région dans la manière d’acheter et d’écrire les appels d’offre, que pour les organismes de formation qui évoluent vers ces logiques de modules, pour être dans des logiques de parcours. Je peux parler aussi des dispositifs d’accès à la qualification. C’est pour permettre au public les plus éloignés d’accéder à un premier niveau de qualification. Mais avant d’y accéder, il peut y avoir un tas de maux. Certains auront besoin de formation en français. D’autres des connaissances sur les savoirs de base… L’idée est d’individualiser.

MAU – Vous parlez d’innovation pédagogique. Qu’est-ce que vous entendez ?

OCG – Dans les métiers de la relation clients, du tourisme, de l’hôtellerie, de la restauration, par exemple, on regrette les turnovers, les besoins en recrutement non pourvus… Nous avons donc rencontré ces acteurs et leur avons demandé leurs besoins. Ils ne recherchent pas forcément des personnes ayant les compétences techniques liées au métier. Ce qu’ils cherchent, ce sont des personnes motivées, souriantes, en capacité d’improviser, car un client chinois, ce n’est pas pareil qu’un client auvergnat. Si le candidat peut avoir des compétences numériques, c’est bien, car ce sont des métiers qui évoluent. Ils souhaitent aussi qu’ils aient des connaissances culturelles et patrimoniales du territoire pour qu’il puisse informer les clients. Et s’ils pouvaient parler anglais… Aujourd’hui, quelle offre de formation permet de répondre à ces besoins ? Cela n’existe pas. On a donc lancé la création de modules de formation avec les organismes de formation, les organismes paritaire collecteur agréé (Opca) des métiers du tourisme et les branches professionnelles. On a aussi travaillé avec une start-up, Manzalab à Paris, sur un serious game, permettant de mettre en situation les candidats. On collabore aussi avec TalentCampus, sur le théâtre forum, pour travailler l’improvisation, l’adaptation. On a développé avec un laboratoire de l’université de Bourgogne une application pour disposer d’informations sur le patrimoine local. On essaie d’avoir quelque chose d’hybride. D’imaginer d’autres manières de former, vivantes, dynamiques et attrayantes.

 

* La Région consacrait 100 millions d’euros par an à la formation. Avec le plan régional d’investissement dans les compétences (Pric), on évoque une enveloppe de 251 millions d’euros sur 4 ans, soit 75 millions d’euros supplémentaires par an.

 

Thibault Quartier

Une clé anglaise de l'information, capable d'écrire autant sur le marché des Leds en aquariophilie que sur celui des huîtres ou des poules en zones périurbaines ! Un sujet vous paraît abscons, il se fera un plaisir de l'expliquer.