Mouthe, au cœur du massif du Jura, sait affronter les pics de froid. Mouthe, au cœur du massif du Jura, sait affronter les pics de froid. (Copie d'écran Google Maps)

A Mouthe, le froid est un art de vivre

Météo France annonce jusqu'à -20°. Mais à Mouthe, la "petite Sibérie française", ce n'est pas un problème. On met un pull et on mange "une bonne saucisse qui nourrit".

 

Le paysage est polaire et le vent glacial mercredi à Mouthe (Doubs), la petite Sibérie française, mais pendant que la France grelotte, les habitants du secteur, habitués à des températures avoisinant les -20 degrés, vivent la vague de froid sans ciller.

La commune "la plus froide de France", depuis un record de -36,7 degrés enregistré en janvier 1967, s'est réveillée mercredi sous un épais manteau de neige et une température de -9 °C, pour près de -20 °C ressentis. Des volutes de neige s'envolent sous les rafales de vent et des stalactites de glace descendent des gouttières.

"Ça va, il ne fait pas très froid. Le pire, c'est le vent", affirment la plupart des habitants de cette petite commune nichée dans le massif du Jura, à 1200 mètres d'altitude et traversée par la rivière le Doubs qui s'écoule sous une épaisse couche de glace. "Aujourd'hui, il fait -9 C°, ce n'est pas une température très basse, tous les habitants sont habitués", renchérit le maire de la commune, Daniel Perrin. "Ce qui pose problème c'est la bise, le vent du nord, qui donne un ressenti du froid beaucoup plus important et crée des congères de neige sur la route".

Météo-France attend -20°C 

Selon Bruno Vermot-Desroches, chef du centre de Météo-France à Besançon, les températures pourraient atteindre les -20 degrés dans les jours qui viennent à Mouthe. Ces températures sont courantes dans le secteur, selon lui. Mouthe est située dans une cuvette où "l'air est piégé et refroidit toute la nuit", explique-t-il.

"Quand il y a une vague de froid, on mange une bonne saucisse qui nourrit, on met un gros pull ou une couverture et on n'a pas plus froid qu'ailleurs", affirme Danièle Pruniaux, une Meuthiarde de 62 ans.

Dans le Val de Mouthe, les habitants ont appris à vivre avec le froid: les murs des vielles fermes comtoises sont épais et les habitations plus récentes sont isolées de l'intérieur comme de l'extérieur, avec des canalisations enterrées à 50 cm de profondeur -contre 10 cm en plaine- pour leur éviter de geler.

"Chaque hiver, on met les pneus neige et on protège les compteurs d'eau avec du polystyrène, avant de profiter du froid sec et du soleil quand il perce les nuages", ajoute Danièle. Elle concède que "les frais de pneus neige et de chauffage sont un peu plus élevés dans le haut Doubs qu'ailleurs en France".

Skis, patins et animaux polaires

Le froid et la neige qui recouvrent le massif font aussi le bonheur des sportifs: dès les premières heures de la journée, les skieurs filent sur les pistes de fond tracées au milieu des forêts de sapins, alors que certains s'aventurent en patins à glace sur les lacs gelés du secteur. À deux kilomètres du domaine de ski de fond de Mouthe, les chiens du Groenland, les rennes, les yaks et les bisons européens du Parc polaire savourent également l'hiver, donnant au paysage une allure de Grand Nord.

"Ces animaux viennent de pays bien plus froids qu'ici. Ils ont une épaisseur de poils bien adaptée à des températures pouvant aller jusqu'à -50 °C. Donc, ils sont très bien ici dans le Jura", explique Samy Taillefer, soigneur au Parc polaire, montrant la fine couche de glace présente sur le dos des rennes, preuve de la "qualité isothermique de leur pelage".

(source : AFP)

Pierre-Yves Ratti

La force tranquille. Sa capacité de recul aurait pu en faire un tireur sportif, mais ce sont les lecteurs de l'Aire urbaine qui vont apprécier sa précision.