Présidentielle : "Qu’est ce que cela changera à notre niveau ?" [Reportage] © My Aire Urbaine : Simon Vermot Desroches

Présidentielle : "Qu’est ce que cela changera à notre niveau ?" [Reportage]

Le premier tour de l'élection présidentielle a lieu ce dimanche 23 avril. Une abstention élevée est redoutée par de nombreux observateurs. My Aire Urbaine est allé à la rencontre des électeurs, dans le nord du Territoire de Belfort, pour "sonder" leurs avis. Des électeurs qui devraient se déplacer ce dimanche, mais sans illusions quant à l'issue du scrutin, voire sur les changements qu'il pourrait apporter. Dans un bar, nous les avons abordés avec une question : « Irez-vous voter dimanche ? »

Les sondages annoncent depuis des mois une forte abstention, des électeurs indécis, un deuxième tour totalement incertain… Les Français perdent-ils leur intérêt pour la campagne présidentielle? Si ce n'est pour la politique ? Pas si sûr. Dans ce bar d'un village du nord du Territoire de Belfort, une télé diffuse une chaîne d’information en continu. C'est la musique d'ambiance. Au programme: un carnet de campagne. Un jeune client s’exclame alors : « Ils commencent à nous emmerder avec leur présidentielle… vivement dimanche ! » Le ton est donné. « Oh oui », répond une femme installée juste à côté! Malgré leur agacement apparent, tous deux voteront ce dimanche. « Bien sûr, s'exclament-ils lorsque la question leur est posée. La présidentielle, c’est important !»

 

« Ça fait trente ans qu'on annonce le changement »

 

Le patron, ancien militaire, ajoute en servant un demi de bière : « Il y a tout de même des personnes dans le monde qui se battent pour ce droit ; c'est un devoir de voter. »

Plus loin dans le bar, un jeune retraité. Quand il était actif, il ne votait pas. Ce dimanche, il se déplacera. Mais il n'en est pas moins songeur quant à cet acte citoyen et ses bienfaits sur le quotidien des Français. « Oui, voter, c’est important, acquiesce Jean-Claude1. Mais à notre niveau, qu’est ce que ça changera ? Pas grand-chose, des broutilles par-ci par-là… »

Et ce sentiment se retrouve chez beaucoup. « Au final, ça fait trente ans que l’on nous annonce le changement ! Il n’est toujours pas arrivé ! » ironise Michel.

 

De la lassitude

 

La campagne a été longue si l'on considère les primaires de la droite en novembre 2016, puis celle d'une partie de la gauche en janvier 2017. La campagne est omniprésente depuis la rentrée 2016, notamment dans les médias. Les affaires et les rebondissements y sont allés de leur pincée de sel. Les citoyens sont nombreux à éprouver une certaine lassitude.

 

« Moi je n’y vais pas, lance alors David, qui aurait pu voter pour la première fois. Car ils sont tous corrompus, tous pourris ! » Son de cloche sensiblement équivalent pour Dominique : « Je voterai au premier tour pour un petit candidat, mais pas au second. Il n’y aura que des voleurs, alors je n’irai pas voter. »

 

La lassitude ambiante se mêle, qui plus est, à l'indécision du choix. À quelques jours du scrutin, certains ne savent toujours pas pour qui ils vont voter. « Il faut que je lise leurs propositions, reconnaît Sébastien. J'ai pour l'instant fait mon idée sur leurs personnalités. » Et de manière générale, ce sont surtout les jeunes qui sont dans cette situation : « On préférerait qu'il y ait quelques jeunes: marre de tous ces vieux croulants ! » tacle l'un d'entre-eux. Au final, ce sont bien des problèmes de confiance en la classe politique. « Il y a des problèmes et on se concentre sur des idées superflues. Leurs belles promesses, on sait très bien qu'ils ne les tiendront pas », analyse Camille, sans concession.

 

« J’aimerais voter pour quelqu’un avec qui je partage des idées, confie Pauline, une jeune aide-soignante en maison de retraite. Là, j’élimine d’abord par parti, puis par personnalité et enfin je choisis entre un ou deux… » Un sacré discours de résignation. Mais aussi un discours qui montre un certain intérêt à la vie publique et politique.

 

(1) Les prénoms ont été changés.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.