Belfort, capitale d'une métropole ? Pas pour tout de suite... Belfort, capitale d'une métropole ? Pas pour tout de suite... (© My Aire Urbaine : Simon Vermot Desroches)

Les élus de l'Aire urbaine à la Région rêvent de Métropole Nord-Franc-Comtoise

Les élus de la majorité socialiste de la Région Bourgogne-Franche-Comté, représentant le Territoire de Belfort, la Haute-Saône et le Doubs ont présenté ensemble leur vision du Nord-Franche-Comté. Pour eux, l’avenir de ce territoire se doit de passer par une métropole qui rassemblerait, sous une même communauté de communes, l’ensemble de l’Aire urbaine.

L’idée de créer un immense établissement public de coopération intercommunale (EPCI) à l’échelle de l’Aire urbaine n’est pas neuve. C’était le but de l’organisation créée par Jean-Pierre Chevènement dans les années quatre-vingt, appelé à l’époque « Aire urbaine 2000 »… Le successeur de cette association, le Syndicat mixte de l’Aire urbaine (SMAU), n’est pas allé beaucoup plus loin. Aujourd’hui, c’est au Pôle métropolitain que revient cette lourde tâche de créer une politique commune à l’échelle d’un territoire très lié, économiquement notamment. Un projet, qui, pour les élus de la région Maude Clavequin, Francis Cottet (élus du Territoire de Belfort), Salima Inezarene (Doubs), Grégoire Gille et Karine François (élus de Haute-Saône) doit voir plus grand, jusqu’à créer une métropole rassemblant toutes les communes de Lure à la Suisse et du nord du Territoire de Belfort au Haut-Doubs.

« Pourquoi les politiques vont-ils moins vite que la population ? »

« Aujourd’hui, les citoyens vivent à l’échelle de l’Aire urbaine, ils vivent en Haute-Saône et vont travailler dans le Doubs, vont profiter des manifestations à Belfort tout en utilisant la gare TGV et l’hôpital médian, expose Maude Clavequin avant de se questionner, pourquoi les politiques vont-ils moins vite que la population ? » La réponse est toute trouvée pour sa collègue Salima Inezarene : « Des petites guerres politico-politiques entre les deux grands ensembles de l'Aire urbaine, c’est le seul frein actuellement ». En représentante de la commission culture à la Région, elle évoque l’exemple du rassemblement des théâtres de Belfort et de Montbéliard, pour illustrer le manque de vision commune des deux villes majeures de l’Aire urbaine. L’idée maîtresse de ces élus est donc de mettre en place une métropole. Actuellement, l’Aire urbaine rassemble plus de 300 000 habitants, donc plus d’habitants que la Métropole dijonnaise, par exemple. Au-delà de sa démographie, c’est aussi son potentiel économique qui intéresse, avec PSA, GE et une forte attache industrielle dans tout le territoire.

La métropole qu’est-ce que cela implique ?

Si ce n’est pas pour demain, au grand regret des élus régionaux de la majorité, faire de l’Aire urbaine une métropole aurait de nombreuses répercussions. D’abord adieu les toutes nouvelles communautés d’agglomération (PMA, Grand Belfort), ainsi que toutes les communautés de communes. Un seul grand ensemble, la métropole, récupère toutes les compétences de ces établissements publics. Dotée d’un budget propre, la métropole pourrait éviter le genre de bisbilles vues par le passé où certaines communautés d’agglomération devaient investir plus que d’autres pour un même service. Autre avantage, la diminution des charges publiques : « On allège le mille-feuille administratif et on supprime le département » tranche Maude Clavequin. Car, par convention, la Région et le Département peuvent déléguer des compétences aux métropoles. Par exemple, celle de Lyon exerce les compétences du conseil général du Rhône sur son territoire. Enfin, « les subventions européennes sont plus faciles à obtenir pour les métropoles qui ont des projets innovants. Et l’innovation ne manque pas sur nos territoires, » justifie Salima Inezarene.

La politique commune, véritable enjeu d’un tel projet

Le principal atout d’une telle organisation, c'est bien sûr les projets communs. « Il y a eu une délégation pour les transports en commun dans le Pays de Montbéliard au mois de juin. Étendre la délégation de Belfort n’aurait pas été possible ? Avoir un vrai système de transports en commun pour les deux agglomérations aurait été une avancée colossale pour les habitants ,» prend pour exemple Francis Cottet. Déjà en œuvre sur plusieurs plans, comme au niveau universitaire ou culturel (le festival Génériq en est la preuve), la mutualisation des projets devrait pour les élus « devenir une priorité absolue ». Aujourd’hui, donc, c’est le Pôle métropolitain qui est en charge de mutualiser les politiques locales. Mais avec très peu de pouvoirs et aucune compétence dans aucun domaine, si ce n’est de conseiller et de débattre, il reste esclave des décisions des conseils municipaux et d’agglomération. Les élus à la Région ne sont d’ailleurs pas invités lors de ces débats, mais promettent : « Nous allons faire en sorte d’y participer, et très bientôt ».

Depuis trente ans, la création d’une politique commune au sein de l’Aire urbaine est un grand projet. La gauche s’y est essayée, la droite s’y attèle désormais, et si, certains projets comme la gare TGV ou l’hôpital et, prochainement les théâtres, peuvent aboutir, la métropole, ce n’est pas pour demain…

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.