Un décret impose dorénavant aux salles de diminuer le nombre de décibels diffusés, inquiétant les salles du Moloco (photo) et de La Poudrière. Un décret impose dorénavant aux salles de diminuer le nombre de décibels diffusés, inquiétant les salles du Moloco (photo) et de La Poudrière. (©My Aire Urbaine – Thibault Quartier)

Un décret diminue les décibels et inquiète les salles de concert [Série]

Baisse le volume (1/4) ! Un nouveau décret est paru au Journal officiel au mois de juillet : il met des limites plus strictes aux nombres de décibels diffusés dans les salles de concerts, les bars, les boites de nuit ou les festivals… L'occasion de faire un point sur ce dossier du volume sonore et des conséquences sur notre santé. Premier épisode de cette série, avec des responsables des salles de concerts de l'Aire urbaine. Les directeurs dénoncent une loi « ubuesque » et se défendent, rappelant qu’ils sont les premiers à informer sur les dangers auditifs.

En passant la limitation légale de 105 à 102 décibels diffusés sur quinze minutes, les associations culturelles locales se retrouvent dans une situation délicate, en particulier les petites salles. Jean-Paul Roland, directeur des Eurockéennes et de La Poudrière à Belfort, explique que, pour le festival, ce nouveau décret ne pose pas de soucis. « Nous sommes déjà dans ces standards-là et en tant que grand festival nous sommes très contrôlés. Pour La Poudrière, en revanche, c’est plus compliqué. L’acoustique n’est pas exceptionnelle et une batterie ou une trompette explose la limite de décibels sans même avoir besoin d’un amplificateur ! »

David Demange, le directeur du Moloco à Audincourt, va également dans ce sens : « Le Moloco a l’avantage d’être récent et d’être adapté à cette législation. Par contre, mon inquiétude se porte sur les petites salles locales, qui vont avoir des impératifs pour être en conformité et avec certainement des frais. Si l’on ne peut plus diffuser certains styles de musique, parce que trop fort, c’est une véritable crainte pour ma part. »

De nouvelles dépenses pour les salles

Au-delà de la limite en décibels (3 dB sont équivalents à une puissance divisée ou multipliée par deux, lire ci-dessous), c’est aussi la durée de prise en compte qui inquiète les directeurs de salles de concerts. « En quinze minutes, il ne peut y avoir aucun temps mort ! Et les cris du public peuvent parfois dépasser ces décibels réglementaires », assure Jean-Paul Roland.

Le décret oblige la création d’un espace sans bruit, ainsi qu’une conservation des enregistrements de ces décibels qui pourrait conduire à une judiciarisation « qui n’est pas souhaitable », déplore David Demange. Ensuite, une autre interrogation se pose autour des dB(C). Si les décibels ont toujours été mesurés en dB(A) – qui donne peu d’importance aux basses fréquences – ils seront désormais mesurés en dB(C), qui eux, mettent en avant ces basses. « C’est un investissement supplémentaire à faire pour les mesurer, confirme David Demange. Mais sur des styles musicaux comme l’électro ou le reggae, sans basse, on perd tout l’esprit de la musique. »

« On avait l’impression d’être de bons élèves »

Les deux directeurs ne remettent absolument pas en doute les risques qui existent lors des concerts et l’importance de la protection auditive. « Avoir des gens avec une bonne audition reste notre fonds de commerce », confie même Jean-Paul Roland, sourire aux lèvres. Les deux directeurs ont tous deux mis en place des actions de prévention. « On avait l’impression d’être de bons élèves. Nous distribuons des bouchons, nous organisons des rencontres avec les jeunes sur ce sujet (notamment avec l'événement Peace and Lobe, NDLR), nous avons des casques pour le jeune public dans nos salles… » énumère Jean-Paul Roland.

Si le décret ne s’appliquera qu’en octobre 2018, les salles doivent d’ores-et-déjà se préparer aux nouvelles normes. « Nous arrivons à une situation ubuesque où nous pourrions demander au public de ne pas applaudir à la fin d’une chanson parce que le batteur en a mis un peu trop sur la chanson précédente ! » regrette Jean-Paul Roland.

* Ce jeudi, le deuxième opus de cette série sera une rencontre avec l'association Journée nationale de l'audition, qui fait de la prévention autour de l'audition.

Pourquoi passer de 105 à 102 divise

la puissance sonore par deux ?

Une mesure de la puissance sonore est relativement complexe. D’abord, entre le premier son audible par l’oreille humaine (0dB), la conversation à voix basse (30dB) et le décollage de la fusée Arianne (180 dB), l’amplitude des sons est très importante. Pour la mesurer, il faut donc une fonction mathématique évitant les nombres à rallonge, pour calculer par exemple combien de fois est plus fort le son dégagé par le décollage de la fusée Ariane par rapport à la conversation à voix basse.

C’est dans cette perspective qu’est utilisée la fonction logarithme décimale. Cela implique (en épargnant les calculs…) que 3 décibels en plus ou en moins représentent une puissance sonore multipliée ou divisée par deux. De même, 20dB correspondent à une puissance 100 fois plus ou moins importante. Ainsi, entre le son d’une conversation à voix basse et le décollage d’une fusée Ariane, le son est multiplié par un billiard, soit 15 zéros après le 1 ! Vertigineux.

 

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.