Des efforts sont encore nécessaires pour viabiliser la ligne TGV Rhin-Rhône et l'inscrire dans le quotidien des territoires qu'elle traverse. Des efforts sont encore nécessaires pour viabiliser la ligne TGV Rhin-Rhône et l'inscrire dans le quotidien des territoires qu'elle traverse. (hpgruesen, CC0 Creative Commons)

Transports: un livre blanc pour augmenter la rentabilité du TGV Rhin-Rhône

La ligne à grande vitesse Rhin-Rhône est un axe important de l’économie locale et nationale. Aujourd’hui, elle reste pourtant déficitaire et donc en danger. C’est dans l’optique de renforcer le dynamisme et l’attractivité des régions concernées qu’a été conçu par l’Association Trans Europe TGV un livre blanc où sont répertoriées 30 propositions afin d’exploiter tout le potentiel du TGV Rhin-Rhône.

10 millions d'utilisateurs

« Un sacré programme ! » Voici comment a conclu Marie-Guite Dufay, présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté, le colloque sur le futur de la ligne TGV Rhin-Rhône. Et en effet, les trois heures et demie de discussions n’ont pas été de trop pour faire le tour des projets autour de cette ligne à grande vitesse. Mettre le TGV en lumière, élaborer des stratégies économiques autour de l’axe, créer de meilleurs réseaux de transports autour des gares, ou encore fidéliser la clientèle… Voici quelques-uns des sujets mis sur la table par le fameux livre blanc. Car aujourd’hui, « le taux de remplissage sur l’axe nord-sud est à 70 % et à 66 % pour l’axe est-ouest, constate Jean Rouche, directeur de l’axe TGV sud-est à la SNCF. Avec nos prix actuels, il faudrait un taux de remplissage compris entre 85 et 90 %. » Les 10 millions d’utilisateurs annuels ne sont donc pas suffisants pour rentabiliser cette ligne qui relie la France à l’Allemagne et la Suisse.

Rendre les gares plus connectées

« Les gares de Belfort-Montbéliard et de Besançon ont des chiffres de fréquentation plus faibles que d’autres gares TGV, déclare Vincent Kaufmann, directeur du laboratoire de sociologie urbaine à l’école polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Je pense que nous pouvons le mettre en lien avec l’offre d’irrigation par d’autres moyens de transport. » Pour ce professeur, ces gares TGV – et notamment celle de l’Aire urbaine – ne possèdent pas assez de liens avec leurs territoires pour s’intégrer comme habitude chez les utilisateurs. Cela a également comme conséquence un manque d’attractivité économique pour des lieux comme la Jonxion. Vincent Kaufmann a donc insisté sur « l’importance d’avoir des liaisons d’abord avec les centres-ville, mais également avec les communes situées à dix ou quinze kilomètres ».

Pour cela, des idées comme des titres de transport communs, le parking inclus dans le billet de train ou des lignes de bus coordonnées aux heures d’arrivée des trains devront être étudiées par la SNCF et les sociétés organisatrices de transports. La ligne Belfort-Delle, annoncée pour fin 2018, sera d’ailleurs un atout de plus pour la gare TGV Belfort-Montbéliard, ouvrant la ligne à une clientèle helvétique originaire du Jura suisse.

Un développement touristique qui passe par la communication

En facilitant l’accès au TGV, l’association espère également créer un véritable tourisme le long de l’axe Rhin-Rhône. Des études ont d’ailleurs montré que lors de grandes manifestations (Eurockéennes, fête des Lumières à Lyon) la fréquentation du TGV augmente. « C’est une véritable politique qu’il faut encourager », souligne Vincent Kaufmann. Car si les utilisateurs n’ont pas pris l’habitude d’utiliser cette ligne TGV, ce type d’évènements est une vraie chance pour fidéliser des clients. « Nos régions ont des atouts touristiques incroyables. Nous devons les développer, martèle de son côté Marie-Guite Dufay. Il faut donner aux Dijonnais l’envie de visiter Colmar et aux Belfortains l’envie de visiter Chalon-sur-Saône ! » Un autre paramètre augmentera considérablement l’impact touristique, c’est la création de la gare TGV de l’EuroAirport (Mulhouse-Bâle-Fribourg), annoncée pour 2024. Le chef du département marketing de l’aéroport, Mario Eland, a d’ailleurs fortement encouragé « à créer une véritable marque pour vendre notre territoire à l’étranger et notamment en Asie où il serait commercialisable ».

Belfort-Mulhouse, on ne lâche rien

Il reste pourtant un point noir pour Marie-Guite Dufay. « La ligne n’est toujours pas terminée. Il manque encore et toujours ces 35 kilomètres qui séparent Belfort de Mulhouse (Lutterbach et Petit-Croix pour être précis, NDLR), pour laquelle nous luttons depuis cinq ans. Nous ferons tout ce qu’il est possible de faire pour réaliser cette ligne. » Ce livre blanc a ainsi un second but: mettre en avant un potentiel et montrer à l’État l’unité et la volonté des collectivités d’Alsace, de Bourgogne, de Franche-Comté et des pays voisins à terminer et rendre viable la ligne à grande vitesse. « L’État veut arrêter de faire des lignes TGV, mais ce projet est ancien et déjà 100 millions d’euros ont été investis. On ne peut pas s’arrêter », a déclaré la présidente de Région. Elle abordera d’ailleurs cette question très prochainement au ministère des Transports en compagnie d’élus de l’axe Rhin-Rhône.

Toutes les collectivités locales du nord de l’Allemagne au sud de la France avaient un immense terrain de jeu. Ils ont désormais les règles. Il ne reste plus qu’à lancer les dés.

 

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.