Pas de surprise de dernière minute: l'Etat se désengage du capital d'Alstom. Pas de surprise de dernière minute: l'Etat se désengage du capital d'Alstom. (© MyAireUrbaine)

Alstom: l'Etat a rendu ses actions à Bouygues, malgré les inquiétudes des élus belfortains

Depuis la fusion Alstom-Siemens, de nombreuses voix s’étaient élevées, notamment les syndicats et les élus locaux, pour que l’État français reste au capital du groupe. Il avait jusqu’au 17 octobre pour exercer ce droit, et c’est donc désormais officiel : l’État ne fait plus partie du capital d’Alstom.

À l’annonce de la fusion Alstom-Siemens, les élus locaux avaient deux grandes inquiétudes (et une multitude de petites…). D’abord la prolongation du plan de sauvetage du site de Belfort. Ensuite que l’État garde ses parts dans le nouveau groupe. Pour la première, et comme le disait Damien Meslot en conseil d’agglomération « au niveau local, le nouveau groupe s’est engagé à reprendre l’intégralité du plan de sauvetage ». L’État a cependant annoncé dès le début des négociations qu’ils se retireraient du capital du nouveau groupe. À coup de motions, votées en conseil municipal de Belfort, en conseil départemental, en conseil d’agglomération, les élus locaux espéraient faire changer l’État d’avis. Depuis le 17 octobre, ce chapitre est clos puisque « l'État n'a pas exercé les options d'achat qu'il détenait sur les titres Alstom détenus par Bouygues (…)à l'expiration de la durée de prêt prévue contractuellement », a annoncé l'Agence des participations de l’État (APE) dans un communiqué publié ce mercredi 18 octobre.

Les élus s’inquiètent pour le futur du site Alstom

Pour les élus, et notamment Florian Bouquet, président du Département « avoir l’État français dans le capital permettait de garantir l’intérêt des salariés sur le sol français ». Concernant  Belfort, son avenir est fortement lié à la diversification du site, notamment par le biais du TGV du futur. Lors du dernier comité de suivi, avant la fusion, Alstom avait déclaré ne pas vouloir investir sans qu’il n’y ait de commandes. Aujourd’hui, le nouveau groupe devra faire un choix entre le TGV d’Alstom et l’ICE de Siemens, concurrents de toujours, et aujourd’hui dans le même groupe. « Nous n’avons pas d'informations sur la stratégie industrielle concernant ce point. Pourtant, cet axe est stratégique pour l’entreprise et pour la France », avait déclaré Damien Meslot. Pour éclaircir ce point, les députés Les Républicains ont demandé une commission d'enquête parlementaire sur la politique industrielle de l'Etat et sur les moyens de protéger les fleurons industriels.

Le jackpot pour Bouygues

Les actions étaient prêtées par le groupe de BTP et communication Bouygues depuis 2014, et le rachat de la section énergie d’Alstom par General Electric, après les avoir acquises en 2006 à la demande de l'Etat. Bouygues possède aujourd’hui 28,2% du capital d’Alstom, soit 62 millions d'actions, et en avait prêté 20% à l’État. Le groupe a annoncé vouloir s'engager à rester actionnaire jusqu'à l'assemblée générale extraordinaire qui entérinera le rapprochement avec Alstom, au plus tard fin juillet 2018. Et cette attente devrait rapporter près de 500 millions d’euros au groupe de Martin Bouygues ! En effet, selon un article paru dans Libération, deux dividendes exceptionnels de 4 € chacun seront reversés aux actionnaires, puisque les actions vont être diluées dans le nouveau groupe. En somme, 8 € par action soit 496 millions d’euros obtenus grâce à cette fusion. À cela s’ajoutent 1,5 milliard d’euros de dividende obtenu depuis 2006 et la possibilité de revendre ces actions. Une belle opération !

Vendredi, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, et la ministre des Transports, Élisabeth Borne, seront à Belfort pour le comité national de suivi du site de Belfort, l’occasion d’avoir plus d’informations sur le futur du site et du groupe.

Bernard  Piexi

La force tranquille. Sa capacité de recul aurait pu en faire un tireur sportif, mais ce sont les lecteurs de l'Aire urbaine qui vont apprécier sa précision.