Repris cet été par PSA, Opel s'impose une cure de minceur pour redevenir conquérante

Le plan d'économies du groupe Opel/Vauxhall permettra de réduire les coûts "de 700 euros par voiture", a estimé Michael Lohscheller, nommé en juin à la direction d'Opel. Opel vise une marge opérationnelle de 2%. PSA s'engage à de pas procéder à des licenciements économiques en 2018, mais pas au-delà.

Opel, constructeur automobile allemand racheté cet été par le français PSA, veut réduire ses coûts sans fermer de sites en Europe, et mise sur de nouveaux modèles, y compris électriques, et des marchés comme le Brésil et la Chine, pour renouer avec les profits. Opel "va devenir rentable, se développer dans l'électrique et devenir une marque mondiale", a résumé jeudi son PDG, Michael Lohscheller, en présentant aujourd'hui, jeudi 9 novembre, son plan stratégique au siège de Rüsselsheim (Allemagne).

L'entreprise, qui a passé 88 ans dans le giron de l'américain General Motors et accumulé les pertes ces dernières années, ne pouvait échapper à des sacrifices, afin de s'aligner sur les standards de compétitivité de la concurrence et aussi de sa maison mère française PSA (Peugeot, Citroën, DS). PSA, au bord du gouffre au moment de l'arrivée de Carlos Tavares à sa tête en 2014, s'est spectaculairement redressé depuis, au point d'afficher des marges confortables, autour de 7% pour 2017.

Avec l'acquisition d'Opel et sa marque sœur anglaise Vauxhall, bouclée fin juillet pour 1,3 milliard d'euros, le groupe français est certes devenu le deuxième constructeur européen derrière l'allemand Volkswagen, avec 17% de part de marché. Mais il a aussi fait un pari risqué, car sa cible a perdu 15 milliards de dollars depuis seize ans et encore près de 450 millions de dollars lors du premier semestre de 2017.

Opel a souligné ce jeudi vouloir réduire ses coûts en baissant ses effectifs "sans départs contraints", tout en misant sur la croissance des ventes et l'électrique, pour retrouver la rentabilité d'ici à 2020. Le plan d'économies du groupe Opel/Vauxhall permettra de réduire les coûts "de 700 euros par voiture", a estimé Michael Lohscheller, nommé en juin à la direction d'Opel. Grâce aussi à des synergies annuelles avec la maison mère française PSA (Peugeot, Citroën et DS) de 1,1 milliard d'euros d'ici à 2020 et 1,7 milliard d'ici à 2026, le point mort financier, c'est-à-dire le seuil minimum de véhicules vendus nécessaires pour gagner de l'argent, sera abaissé à 800000 véhicules par an, a-t-il indiqué.
Opel héritera notamment des plateformes et des motorisations de PSA.

De l'électrique pour la marque à l'éclair

La filiale allemande vise "une marge opérationnelle courante pour la division automobile de 2% d'ici à 2020, puis de 6% d'ici à 2026", a précisé M. Lohscheller, alors que la présentation du plan stratégique était très attendue, notamment en Allemagne où l'on s'inquiète de son coût social. Opel emploie 38000 personnes, dont la moitié en Allemagne.
"La réduction constante du coût du travail est une nécessité" et sera atteinte par un "aménagement du temps de travail, des programmes de départs volontaires ou dispositifs de retraite anticipée", a déclaré M. Lohscheller, nommé en juin à la tête d'Opel, sans dévoiler de chiffres.
Mais le groupe "a l'intention de conserver et moderniser toutes (s)es usines", a-t-il rassuré. "Nous avons aussi une ambition de croissance", a-t-il souligné lors d'une conférence téléphonique avec des journalistes. Opel ambitionne de se développer sur "plus de 20 nouveaux marchés à l'export d'ici à 2022", dont la Chine et le Brésil. La marque en était jusqu'ici empêchée par son ancienne maison mère américaine General Motors. Le groupe veut augmenter ses ventes sur le segment des véhicules utilitaires légers de 25% entre 2017 et 2020.

Opel va par ailleurs proposer une "offre électrifiée" sur toutes ses lignes de produits d'ici à 2024, alors que le respect des normes européennes de CO2 a été mentionné comme l'un des défis à relever par la marque à moyen terme.
M. Lohscheller a également annoncé que le centre de recherche et développement de Rüsselsheim, qui emploie 7700 ingénieurs, allait devenir "un centre de compétence global" pour le groupe PSA, notamment sur la pile à combustible et certaines technologies de conduite automatisée.
"Opel va rester une vraie marque allemande et Vauxhall une vraie marque britannique", a-t-il souligné. Le patron de PSA, Carlos Tavares, avait évoqué en septembre d'"énormes" déficits de compétitivité, avec des coûts de production jusqu'à 50% plus élevés chez l'allemand qu'au sein de sa maison mère française, selon des informations parues dans la presse. Le groupe français a promis de ne procéder à aucun licenciement économique dans les usines allemandes d'ici fin 2018. Mais il ne s'est pas engagé au-delà.

(AFP)

Bernard  Piexi

La force tranquille. Sa capacité de recul aurait pu en faire un tireur sportif, mais ce sont les lecteurs de l'Aire urbaine qui vont apprécier sa précision.