A l'aube d'un nouveau rachat, les salariés d'Alstom manifestent leur inquiétude

Plusieurs arrêts de travail sont intervenus ce jeudi 30 novembre. Le rachat de ce qu'il reste d'Alstom par Siemens inquièten les salariés. Et ce n'est pas l'expérience de l'achat de la branche énergie par GE qui les rassure.

Des débrayages ont été observés jeudi dans la plupart des sites Alstom pour exprimer l'inquiétude des salariés à l'aube d'un mariage avec Siemens en 2018, et leurs doutes sur les engagements pris en matière d'emploi, selon les syndicats. Inquiète des "synergies" escomptées, l'intersyndicale (CFDT, CFE-CGC, CGT et FO) avait appelé à une journée de grève et à un rassemblement près du ministère de l'Economie à Paris.

Selon plusieurs syndicats, des salariés ont cessé le travail à Tarbes (Hautes-Pyrénées), Valenciennes (Nord), Le Creusot (Saône-et-Loire), Villeurbanne (Rhône), Ornans (Doubs), Petit-Quevilly (Seine-Maritime), La Rochelle (Charente-Maritime), ainsi qu'au siège à Saint-Ouen, en banlieue parisienne, et sur le site emblématique de Belfort. A Paris, quelques dizaines de salariés seulement, dont une majorité de représentants syndicaux, se sont déplacés, ainsi que des élus locaux et Pierre Laurent (PCF), a constaté une journaliste de l'AFP. Tous disent leur "peur qu'il arrive la même chose qu'avec GE", l'Américain Général Electric qui, depuis le rachat en 2015 du pôle énergie d'Alstom, enchaîne les restructurations. 

Deux représentants des salariés de l'usine GE Hydro à Grenoble, ex-Alstom, où 345 postes sur 800 sont menacés, rappellent qu'à l'époque ils étaient "confiants". "GE avait pris des engagements. Au bout du compte ils n'ont rien tenu du tout", estime Philippe Pillot (FO). Aujourd'hui, "le gouvernement affirme avoir obtenu de meilleures garanties avec Siemens mais ce ne sont que des paroles".  Reçus lundi à Bercy, les syndicats n'ont pas pu prendre connaissance de l'accord confidentiel prévoyant un engagement de maintien de l'emploi et des sites industriels en France pour une durée de quatre ans à compter de la fusion effective, fin 2018.

D'ici là, malgré les promesses orales, "ils peuvent fermer Ornans", redoute Gilles Buller, délégué CFDT du site franc-comtois en rappelant que "sans départs contraints, Ornans est déjà passé de 600 salariés il y a dix ans à 250 aujourd'hui".
Et "au-delà de quatre ans, faut pas rêver", lâche Claude Mandart (CFE-CGC).

Pour obtenir l'aval du gouvernement au rachat du pôle énergie d'Alstom en 2015, GE s'était engagé à créer 1000 emplois nets en France d'ici fin 2018. En novembre, le solde était négatif de 590 postes, selon le président PS de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la politique industrielle de l'Etat, Olivier Marleix.

(AFP)

Pierre-Yves Ratti

La force tranquille. Sa capacité de recul aurait pu en faire un tireur sportif, mais ce sont les lecteurs de l'Aire urbaine qui vont apprécier sa précision.