Le nord-Franche-Comté confronté à la difficulté croissante d'accéder aux soins (Alterfines, CC0 Creative Commons)

Le nord-Franche-Comté confronté à la difficulté croissante d'accéder aux soins

L’Agence régionale de santé (ARS) a présenté son plan d’action contre les déserts médicaux pour le nord-Franche-Comté et veut rendre ses médecins généralistes à des communes qu'ils ont désertées. 60% des généralistes ont plus de 55 ans et 81 médecins sont susceptibles de prendre leur retraite d'ici cinq ans.

L’accès aux soins est de plus en plus compliqué dans le nord-Franche-Comté. Entre les problèmes de mobilité, les médecins généralistes en campagne se faisant de plus en plus rares et les délais d’attente au-delà du raisonnable pour un spécialiste, la désertification médicale est un véritable enjeu du territoire. « Nous avons 273 médecins généralistes dont 60% ont 55 ans et plus et sur ces 273, 81 médecins peuvent cesser leur activité dans les cinq prochaines années », annonce Véronique Tisserand, responsables du nord-Franche-Comté à l’ARS.

L’accessibilité aux soins créateurs d’inégalités

La baisse du nombre de praticiens augmente de façon drastique les délais d’attente. Une étude du cabinet de conseil spécialisé dans la santé et l’assurance avait mis en avant au mois de mars cette augmentation pour chaque région : pour un médecin généraliste, le délai d’attente est raisonnable (deux jours en moyenne), pour certains spécialistes, la patience est de mise. Pour un ophtalmologue, par exemple comptez en moyenne quatre à cinq en Bourgogne-Franche-Comté et le temps maximal peut s’établir à près d’un an.

Pour Christian Toitot, médecin et élu à Seloncourt, cela créé des inégalités face à la santé : « Il y a une véritable médecine pour les riches et pour les pauvres. On le constate au quotidien dans notre pratique. Les personnes qui en ont les moyens vont consulter des spécialistes, ophtalmologues, dermatologues, gynécologue à Lyon, à Marseille… Là où ils ont des rendez-vous très rapidement. » Il met également en cause les dépassements d’honoraires de certains spécialistes, qui ajoutent selon lui, à cette inégalité face à la santé.

Téléconsultations, maisons pluridisciplinaires et prévention comme solution

Face à ce problème de désert médical, l’ARS cible plusieurs choses. D’abord, et c’est le rôle des élus, rendre le territoire plus attractif. Ensuite l’ARS cible les maisons de santé pluridisciplinaire. Aujourd’hui il y en a très peu, et l’agence espère, en facilitant l’émergence de tels projets. Ils réunissent au même endroit plusieurs généralistes et spécialistes, mais aussi en étant assez populaire auprès des nouveaux médecins. Une autre solution serait de développer les téléconsultations avec des outils permettant d’avoir des données précises (température, pouls, tension…) et de diagnostiquer donc à distance. L’État veut mettre en œuvre ces deux systèmes qui étaient annoncés dans le programme du candidat Emmanuel Macron.

Mais l’ARS insiste avant tout sur une chose: la prévention. « Dans notre pays, nous pouvons soigner des maladies très rares, faire des greffes impossibles… Mais nous ne savons pas prévenir et éviter les comportements à risque, » illustre Pierre Bribile, directeur de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté.

Conscients des enjeux pour leur territoire, les élus locaux n’auront pas le choix de lancer des opérations séductions à l’attention des jeunes docteurs.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.