Montbéliard: qui a raison entre l'opposition et la majorité sur la dette ? [Décryptage] (© My Aire Urbaine – Simon Vermot Desroches)

Montbéliard: qui a raison entre l'opposition et la majorité sur la dette ? [Décryptage]

Le débat est sans fin au conseil municipal de Montbéliard : dette et projet vont de paire et cristallisent les tensions entre majorité et opposition. Le conseil municipal du lundi 28 mai n'a pas fait exception. On tire cela au clair en prenant appui sur la Cour régionale des comptes, organe indépendant qui contrôle les finances publiques.

À chaque conseil municipal de Montbéliard, c’est la même rengaine. Du "vous-n’avez-aucun-projet" de l’opposition au "mais-vous-avez-vu-dans-quel-état-était-la-collectivité-à-notre-arrivée" de la majorité, le débat est toujours le même. Tels des écoliers s’acharnant à savoir quel super héros est le plus fort, les élus s'enferrent dans des discussions sur la dette de la collectivité. Et comme, à la fin, on ne sait toujours pas quel super héros est le plus fort, le débat reprend à la récréation suivante. Inlassablement.

La dette était-elle énorme à l’arrivée de la nouvelle mandature ?

Dès son arrivée à la mairie, l’équipe municipale de Marie-Noëlle Biguinet avait crié au scandale. La précédente mandature avait fait n’importe quoi, la municipalité était surendettée et aucun projet ne pourrait sortir de terre avant plusieurs années au regard de cette gestion. Il est vrai que la municipalité s’était fortement endettée, principalement en fin de mandat ; élections obligent ! Cependant, un rapport livré il y a quelques jours par l’adjoint aux finances de la Ville affirme que la capacité de désendettement de la ville était alors de 9 ans. À comprendre: si chaque année la totalité de l’épargne brute réalisée par la collectivité devait rembourser la dette, alors il lui aurait fallu 9 ans pour ne plus être endettée. « On considère qu’il y a danger à partir de 10 ans », explique la Cour régionale des Comptes. La zone critique est fixée, elle, à 12 ans. La même Cour des comptes, en 2012, préconisait pour Montbéliard, sur la période 2013-2016, soit une baisse des dépenses de fonctionnement, soit une baisse des investissements. Demander les deux aurait été alarmant, tout comme dépasser les dix ans de remboursement de l'encours de la dette. La Ville n’était donc pas aussi mal en point qu’on peut le penser.

Est-ce le bon moment pour s’endetter ?

Les taux actuels, très bas, permettent d’emprunter pour moins cher qu’il y a quinze ans. « Que ce soit à taux variable ou à taux fixe, les emprunts sont plus faciles à réaliser », poursuit l'instance chargée de surveiller l'emploi des fonds publics et d'informer les citoyens. Les taux variables n’ont pourtant pas très bonnes réputation, notamment à la suite des emprunts toxiques contractés par de nombreuses collectivités dans les années 2000, et bien résumé par Le Monde. « Emprunter juste parce que les taux sont bas est une erreur », assure cependant la Cour régionale des comptes. « Investir dans des projets structurants, qui dureront longtemps comme une école ou des travaux, ce n’est pas la même chose que d’investir sur un projet qui durera cinq ans... » poursuit l’organisme. À Montbéliard, certes, les projets ne sont pas nombreux (800 000 euros d’investissements dans les programmes pluriannuels l’année passée), mais ils ont le mérite de répondre aux critères fixés par la Cour des comptes.

Comment se portent les finances de la Ville ?

Impossible de parler du budget général de la Ville sans évoquer les baisses de subventions de l’État. Depuis 2014, la dotation globale de fonctionnement (DGF), principale dotation de l’État aux collectivités locales, est passée de 4,7 à 1,7 million d’euros. En perte cumulée sur la période, cela représente plus de 7 millions d’euros de pertes pour les finances de Montbéliard. Pourtant, la Ville se porte bien et l’absence d’énormes projets déjà financés participe à cela. Le budget prévisionnel 2018 assure que la capacité de désendettement passera à 6 ans en fin d’année. La Ville dégage depuis 2015 une épargne nette, grâce à la diminution de ces dépenses de fonctionnement, ce qui lui permet de réinvestir. Mais dans la dette pour le moment. Les voyants sont donc au vert pour des projets, il ne reste plus qu’à avoir quelques idées. Outre la nouvelle école Sous-la-Chaux et la redynamisation du centre-ville, elles ne se bousculent pas au portillon.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.