Réaction attendue des pouvoirs publics sur la pollution des rivières (© My Aire Urbaine : Simon Vermot Desroches)

Réaction attendue des pouvoirs publics sur la pollution des rivières

Depuis le début de l'été et la baisse des niveaux de l'eau dans les rivières du département du Doubs, la pollution apparaît aux yeux de tous. Algues vertes, décharges, poissons morts... Le constat est alarmant. Si les causes sont connues, les élus n'ont pour le moment que peu de solutions.

Que ce soit l’hiver, avec les particules fines ou l’été en rendant les cours d’eau verts avec des phénomènes d'eutrophisation, la pollution continue d’avoir des effets dévastateurs sur la nature franc-comtoise. Il y a quelques jours, les habitants de 18 communes ont été interdits de consommer l’eau au robinet à cause d’une pollution à l’hydrocarbure. Elle provenait du Drugeon, dans le haut Doubs. Martial Bourquin, sénateur et maire de la ville d’Audincourt a donc décidé de mettre ce sujet des pollutions sur la table en interpellant le gouvernement. En commission des affaires économiques du sénat, Martial Bourquin a donc questionné Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, demandant notamment l'interdiction du glyphosate. Des associations de défense attendent de leurs côtés une (ré)action des élus.

Un peu plus forte chaque année

Il y a quelques années, Martial Bourquin avait déjà interrogé la ministre de l’Environnement, à l’époque Ségolène Royale. Le problème ne date donc pas d’hier. « On arrive à un point où certains spécialistes ne savent même pas si ce sera réversible ! On détruit petit à petit notre environnement et nos cours d’eau », s'insurge-t-il. Il estime que le problème est national et est dû notamment à l'agriculture. Une agriculture qui provoque des pollutions organiques (lisier) et à des pollutions chimiques consécutives à l'utilisation de pesticides. « Avec notre terre particulière et la quantité de pesticides utilisée, la moitié finit dans les ruisseaux », critique-t-il. Les pesticides utilisés pour les jardins sont tout aussi néfastes ; insectes et autres algues subissent de plein fouet ces produits chimiques. Les fédérations de pêcheurs constatent également les dégâts. La population des poissons est en recul constant. Il ne reste par exemple aujourd’hui dans les cours d’eau que des petites truites et il pourrait ne plus y en avoir d’ici quelques années. En 2014, le conseil scientifique régional du patrimoine naturel de Franche-Comté a dressé une liste rouge des espèces menacées. La truite fario a été placée dans les espèces vulnérables. Triste symbole. « Par le passé, nous avions des pêcheurs qui venaient du bout du monde pour pêcher en Franche-Comté. Ça n’existe plus ! C’est, en plus d’être dangereux pour la population qui boit cette eau, un véritable point noir pour le tourisme », déclare Martial Bourquin.

Les élus face à leurs responsabilités

Le parlementaire considère cependant que Pays de Montbéliard Agglomération n’a pas, à son niveau, la capacité d’agir efficacement. « Les rivières sont polluées avant d’arriver à notre niveau, estime-t-il avant d’ajouter : On ne peut rien faire sans le département ni l’État. Pour l’instant, tout est trop timide. On fait des recherches alors qu’on connait les causes. » Il semble tout de même que certaines de ces causes identifiées peuvent être appréhendées à l'échelle de PMA. Bruno Haettel est le responsable scientifique du groupe SOS Loue et rivière comtoise et explique que la première raison de cette pollution est le système déplorable de traitement des eaux usées. « D'abord, le système de tuyauterie est totalement détruit, et là où devraient se croiser les eaux usées et les eaux claires, elles finissent par se retrouver au moindre mouvement de terrain, à la moindre pluie. » Des eaux claires sont donc traitées tandis que des eaux usées finissent leurs courses dans les cours d'eau. Ensuite, il met à mal les systèmes de traitement des eaux usées. « C’est un véritable écosystème où des bactéries se nourrissent des nutriments des eaux usées. Si elle est mal utilisée, alors plus rien ne fonctionne. C’est le cas à PMA depuis des années », poursuit-il. Pour tenter de remettre en fonctionnement ces systèmes, il travaille actuellement à PMA : « Avec les techniciens, on sait ce que l’on doit faire et tout se passe très bien, mais dès qu’un politique arrive, c’est terminé ! » Le message est passé. Selon une étude qu’il a menée il y a quelques mois, 50 % des eaux usées finissent dans les rivières. Excréments, savon, shampoing, eau de javel… la moitié de ce qui coule dans une tuyauterie finit dans une rivière aux alentours ! « À PMA, le sujet de l’écologie, ce n’est qu’un supplément d’âme », admet, résigné, Marial Bourquin.

Des motifs d’espoir

Le motif d’espoir, il vient de Bruno Haettel. « L'Agence de l’eau est prête à faire un geste économique si les politiques s’accordent à refaire un système d’évacuation des eaux usées efficace. Il leur faut juste un signe des politiques… » lance-t-il, comme une bouteille à la mer. Il sait aussi qu’en réalisant ces travaux, au coût exorbitant, les rivières du Doubs pourraient se relever et redevenir ce qu’elles ont pu être par le passé. Il évoque ainsi une zone dans laquelle l’un de ces collègues est allé travailler. « Ils avaient exactement les mêmes problèmes que nous rencontrons aujourd’hui dans l’Albarine (rivière dans l’Ain). L’eau était brune, plus rien ne vivait, ni dans l’eau ni autour… 11 ans après le début de la réhabilitation, nous voilà avec la deuxième plus belle rivière d’Europe ! Des pêcheurs viennent des États-Unis pour pêcher dans l’Albarine. Il y a même des oiseaux très rares qui sont revenus au bord de l’eau », raconte-t-il, enjoué. Lui donnant un motif d'espoir. De son côté, Martial Bourquin a confié « vouloir inviter Nicolas Hulot pour qu’il s’en rende compte de lui-même des problèmes que nous avons ». Peut-être que cette visite aura le mérite de mobiliser tous les élus locaux.

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.