La place Cuvier, au cœur des débats à Bethoncourt et le maire Jean André. La place Cuvier, au cœur des débats à Bethoncourt et le maire Jean André. (© My Aire Urbaine : Simon Vermot Desroches)

Bethoncourt : "Je n'ai pas l'intention de me laisser faire"

Depuis le 9 août, un arrêté municipal interdit les regroupements dans certains endroits de Bethoncourt, notamment place Cuvier. Détériorations du mobilier urbain, incivilités, plaintes des riverains sont à l'origine de cette décision. Le maire, Jean André, a donc décidé d'interdire les rassemblements et les forces de l'ordre ont la possibilité de verbaliser les personnes sur place. La décision passe mal auprès des jeunes. Jean André assume et s'explique. 

My Aire Urbaine – Pourquoi avoir décidé de mettre en œuvre un arrêté municipal interdisant les rassemblements à certains endroits de la ville ?

Jean André – Nous avons eu énormément d’incivilités et de problèmes concernant un petit groupe d'une quinzaine de jeunes qui ont entre 14 et 23 ans et qui monopolise la place Cuvier et La Poste. Les gens ont peur et cette situation de crainte provoque un véritable malaise. J’ai reçu une pétition avec plus d’une centaine de signatures et il y a eu des dépôts de plainte, notamment des salariés de La Poste. Ils ont hésité à demander leur droit de retrait à cause de cette situation. Cela fait deux étés que ces problèmes resurgissent. Depuis le mois de mars, c’est très compliqué, et il a fallu que je prenne une décision.

MAU – Y-a-t-il eu une amélioration depuis que cet arrêté est en vigueur ?

JA – Ça bouge un petit peu, les habitants apprécient et soutiennent les élus. Aujourd’hui, la gendarmerie se déplace plus souvent dans ces zones et les militaires deviennent de plus en plus proches des jeunes. Ils n’ont absolument aucun souci avec. C'est donc déjà une bonne chose. Ce n’est cependant toujours pas suffisant cependant et nous devons faire plus pour retrouver une situation convenable.

MAU – Arrivez-vous toujours à communiquer avec les jeunes présents ? Que vous disent-ils ?

JA – On communique, mais cette communication est totalement stérile. On me dit « Le maire ne fait rien pour nous », mais la volonté n’est pas là de l’autre côté non plus. On me demande un local ou un gymnase pour ces jeunes qui n’ont pas de travail. D'abord, rappelons que PSA recrute actuellement. Ensuite, le gymnase a été brûlé et les personnes qui l’ont brûlé sont d'ailleurs dans le groupe. Il y a une quinzaine d'années, il y a déjà eu, qui plus est, un local. Il y avait un baby-foot, un médiateur et au bout de six mois c’était devenu une zone de trafics. Je ne recommencerai pas à mettre un local à disposition pour avoir les mêmes effets. Tous les élus, même ceux de l’opposition, sont d'accord avec ça.

MAU – Existe-t-il déjà des structures pour les jeunes du quartier ?

JA – Il y a des structures, bien sûr. Certes, les catégories seniors du club de foot ne sont plus là, parce qu’il y a eu beaucoup de problèmes, mais le club jeunes fonctionne bien. On a des structures qui fonctionnent bien en sport – le karaté notamment –, mais ils ne veulent pas s’intégrer dans ces clubs. Selon moi, ces clubs sont trop structurés et ils ont juste envie de faire ce qu’ils veulent !

MAU – Vous n’allez pas laisser cet arrêté indéfiniment... Quelle politique souhaitez-vous mettre en œuvre ?

JA – On va maintenant faire en sorte que ce secteur ne soit plus à ces jeunes ! On va essayer de le réhabiliter, d'ajouter de la végétation... On va faire en sorte que nous, élus, et nous, Ville, nous ne laissions pas cette appropriation qui est une verrue dans le secteur de la place Cuvier. C’est la base de notre rôle d’élus. Un conflit est en train de se créer avec les habitants et il n’en découlera rien de bon. L’arrêté reste reconductible, donc je n’aurai aucune gêne à le remettre en place aussi longtemps que nécessaire, si la situation ne s'améliore pas. Je n'ai pas l'intention de craquer, ni de me laisser faire.

« Le maire échauffe les esprits »

Dans le quartier, tout le monde ne prend pas la défense du maire. Mourad, par exemple, ne comprend pas cet acharnement et se place du côté des jeunes. « Il veut se faire passer pour celui qui aura calmé le quartier, mais c’est faux, regrette-t-il. Il échauffe seulement les esprits. »

De son côté, Alexis* se questionne sur l'absence d'infrastructures pour faire du sport. « Il a supprimé le foot, il n’y a plus rien pour faire du sport, désapprouve le jeune homme. Et bien oui, les jeunes n’ont rien à faire, alors ils se regroupent et parfois, les jeunes, en groupe, font des conneries. Mais ça reste calme, assure-t-il avant de condamner : Aujourd’hui, son attitude [celle du maire, ndlr] n’arrange rien. Ce quartier vivait bien avec l’ancien maire, Thierry Bodin. Il avait compris qu’il suffisait d’occuper ces jeunes. Ce maire ne fait rien pour ce quartier ; il n’est le maire que d’une moitié de la ville. »

(* prénom d'emprunt)

Simon Vermot-Desroches

Le spécialiste Afrique de la rédaction ! Ce n'est pas forcément l'atout n°1 pour traiter de l'Aire urbaine, mais la curiosité de ce journaliste n'a d'égal que son goût pour les choses bien faites.